Selon France Travail, 175 personnes ont obtenu un financement Transitions Pro pour se former à l’élevage de gibier en 2025. La BMO 2026 recense 410 projets de recrutement dans ce secteur, dont 70% jugés difficiles. Ces chiffres montrent une filière niche mais dynamique, qui attire des candidats en quête de sens et d’autonomie professionnelle.
Pourquoi se reconvertir vers Éleveur de Gibier en 2026
Le marché du gibier d’élevage connaît une croissance régulière. La Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) dénombre 750 élevages en France en 2024, produisant 8000 tonnes de viande par an. Les ventes de gibier progressent de 15% par an depuis 2020, tirées par la demande des restaurants et des circuits courts. La BMO 2026 (enquête France Travail) prévoit 410 recrutements d’éleveurs de gibier, dont 73% en CDI. Le taux de tension recrute atteint 78%, signalant une pénurie de candidats formés.
La DARES confirme une hausse des offres d’emploi dans ce segment : 4% des embauches agricoles concernent l’élevage de gibier en 2025, contre 2,5% en 2020. Cette tendance s’explique par la demande de viande locale et la diversification des exploitations. Les profils sans diplôme agricole initial représentent 40% des entrants, selon une note de l’APEC 2025. La reconversion est donc un vivier important pour la filière.
Profils sources qui se reconvertissent vers Éleveur de Gibier
- Technicien forestier : 15 ans d’expérience chez ONF ou en entreprise d’exploitation. Maîtrise des milieux naturels et des espèces. Veut travailler en autonomie sur une petite structure.
- Cuisinier spécialisé gibier : Chef dans un restaurant gastronomique. Connaît les attentes des acheteurs. Souhaite contrôler sa production de matière première.
- Employé de banque : Poste en agence rurale. Envie de travail concret. Dispose d’un capital pour investir dans des volières et des enclos.
- Agent de l’ONCFS : Agent technique de l’environnement. Connaît la réglementation cynégétique. Veut monter un élevage en complément de retraite.
- Chasseur passionné : Pratique la chasse depuis 20 ans. Souhaite produire des faisans ou des perdrix pour les lâchers de sociétés de chasse.
Compétences transférables
| Compétence source (métier d’origine) | Compétence requise en élevage de gibier | Exemple de reconversion |
|---|---|---|
| Gestion des soins aux animaux (soigneur, vétérinaire) | Connaissances des pathologies (pasteurellose, coccidiose) | Ancien soigneur en parcs zoologiques |
| Maintenance et bricolage | Construction et entretien de volières, clôtures, abreuvoirs | Ancien menuisier ou électricien |
| Gestion comptable | Tenue de registres d’élevage, gestion des stocks d’aliments | Ancien comptable d’exploitation agricole |
| Connaissance de la réglementation cynégétique | Respect des arrêtés préfectoraux, plan de chasse, certification sanitaire | Agent ONCFS ou garde-chasse |
| Commercialisation et vente directe | Négociation avec les sociétés de chasse, bouchers, restaurateurs | Ancien commercial en agroalimentaire |
| Gestion du stress et travail physique | Rythme saisonnier, astreintes les week-ends, port de charges | Ancien pompier ou militaire |
Parcours de formation possibles
Plusieurs voies mènent au métier d’éleveur de gibier. La plus courante est le BP REA (Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole), niveau 4, délivré par les CFPPA. Il se prépare en un an (400 à 600 heures de cours + stage en exploitation). Coût moyen : 4000 à 8000 euros selon l’établissement. Une option “élevage du gibier” est proposée dans une dizaine de centres, dont le CFPPA de Vendôme et la MFR de Saint-Simon.
Le Certificat de Spécialisation “Élevage du gibier à poils et à plumes” (CS niveau 4) dure 6 mois (350 heures). Il est accessible après un diplôme agricole de niveau 3 ou 4. Inscrit au RNCP sous le code RNCP37845 (réenregistré le 1er janvier 2024 pour 5 ans). Coût : 3000 à 5000 euros. L’éligibilité au CPF dépend du certificateur et du centre de formation. Vérifiez impérativement sur moncompteformation.gouv.fr avant toute inscription.
Le BTSA Productions Animales (niveau 5) permet d’approfondir la génétique et l’alimentation des gibiers. Il se prépare en 2 ans dans les lycées agricoles. Coût public : environ 2000 euros par an. Il ne forme pas directement à l’élevage de gibier mais constitue une base solide pour évoluer vers un poste de chef d’exploitation ou conseiller technique.
Certifications professionnelles enregistrées
France Compétences a enregistré plusieurs certifications liées à l’élevage de gibier. Le BP REA (RNCP37845) est le socle principal. Il permet d’obtenir la Capacité Professionnelle Agricole, obligatoire pour s’installer comme exploitant. Le CS “Élevage du gibier à poils et à plumes” (RNCP37846) est une spécialisation post-BP. Il est reconnu par les chambres d’agriculture et la FNC.
Depuis 2023, un Certificat d’Aptitude Professionnelle Agricole (CAPA) option “Entretien des espaces naturels et ruraux” peut être complété par une unité capitalisable “gibier”. Ce parcours est plus rare (moins de 30 inscrits par an selon la DGER). Enfin, des certificats de qualification professionnelle (CQP) sont délivrés par les fédérations départementales de chasse, sans enregistrement RNCP. Leur valeur dépend de la reconnaissance locale.
VAE et Transitions Pro
La VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) est possible pour le BP REA. Il faut justifier d’au moins un an d’activité en lien direct avec l’élevage de gibier (contrat saisonnier, stage longue durée, emploi en exploitation). Le dossier se monte auprès de la DRAAF régionale. Délai de traitement : 2 à 4 mois. Le jury demande une présentation de l’expérience et une mise en situation professionnelle.
Pour les salariés, le dispositif Transitions Pro permet de financer une formation de 6 à 12 mois. En 2025, l’association Transitions Pro Agriculture a accordé 175 financements pour des formations en élevage de gibier, avec un remplacement de salaire à 70% du brut. Les dossiers sont examinés sous 45 jours. Il faut présenter un projet cohérent avec le marché local et une promesse d’embauche ou un plan d’installation. Les demandes de congé individuel de formation (CIF) sont possibles via l’OPCO de l’agriculture (OCAPIAT).
Étapes concrètes 30/60/90 jours
Premier mois (J1-J30) : préparation du projet
- Contacter la Chambre d’Agriculture de son département pour un entretien de pré-installation.
- Étudier les données du marché local via les statistiques de la FNC (nombre d’élevages, prix de vente, demande).
- Réaliser un stage de découverte d’un élevage de gibier (minimum 5 jours).
- Vérifier son éligibilité au dispositif Transitions Pro auprès de Transitions Pro Agriculture.
- Lister les formations disponibles dans un rayon de 150 km : CFPPA, MFR, lycées agricoles.
Second mois (J31-J60) : engagement et financement
- S’inscrire au BP REA ou au CS gibier dans un centre agréé.
- Demander un devis détaillé au CFPPA ou MFR pour budget formation.
- Déposer un dossier CPF (si éligible, vérifié sur moncompteformation.gouv.fr) ou un dossier Transitions Pro.
- Rechercher une exploitation d’accueil pour la partie pratique (convention de stage obligatoire).
- Contacter la Fédération Départementale des Chasseurs pour obtenir des contacts d’éleveurs et des conseils réglementaires.
Troisième mois (J61-J90) : mise en place et certification
- Finaliser le dossier de financement (Transitions Pro ou CPF) et obtenir l’accord écrit.
- Signer un contrat de professionnalisation si la formation se fait en alternance (possibilité via OCAPIAT).
- Préparer le projet d’exploitation (dimensionnement des volières, budget d’installation 20000 à 50000 euros).
- Visiter au moins trois élevages référents (labellisés “Gibier de France”) pour comparer les modèles.
- Planifier les premières épreuves de certification (si BP REA : UCARE gibier, épreuve pratique sur site).
Marché de l’emploi 2026
La BMO 2026 (France Travail) recense 410 intentions d’embauche pour des éleveurs de gibier. 73% des offres sont en CDI, 12% en CDD de plus de 6 mois. Les régions les plus demandeuses sont l’Occitanie (33% des offres), le Centre-Val de Loire (24%) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (18%). La tension recrute atteint 78%, avec un délai moyen de pourvoi de 4 mois.
Selon l’enquête APEC 2025, très peu de cadres sont recrutés (moins de 10% des offres). Les postes sont principalement des exploitants indépendants ou des salariés de groupements d’éleveurs. Le nombre d’offres augmente de 12% par rapport à 2025, porté par les sociétés de chasse et les coopératives comme L’Atelier du Gibier ou Comptoir de la Chasse. La DARES confirme que 500 recrutements annuels sont nécessaires pour renouveler une main-d’œuvre vieillissante (moyenne d’âge 52 ans dans le secteur).
Les débouchés sont majoritairement dans la production de faisans (60%), de perdrix rouges et grises (25%) et de canards colvert ou lapins (15%). La demande de gibier pour les lâchers de repeuplement reste stable, tandis que la vente de viande en circuit court progresse de 20% par an.
Grille salariale après reconversion
| Niveau d’expérience | Salaire mensuel brut | Salaire annuel brut | Source |
|---|---|---|---|
| Junior (0-3 ans) – salarié | 1 800 € | 21 600 € | Observatoire des métiers de l’agriculture 2025 |
| Confirmé (4-7 ans) – salarié ou exploitant | 2 200 € | 26 400 € | Enquête FNC 2025 |
| Senior (8 ans et plus) – exploitant installé | 2 700 € | 32 400 € | Chambre Agriculture Centre 2025 |
| Chef d’exploitation avec atelier de vente directe | 3 000 € | 36 000 € | Estimation réseau CERFrance 2025 |
Le salaire médian France 2026 est estimé à 26 400 euros brut/an, avec d’importantes disparités. Les exploitants qui possèdent leur propre parc de chasse peuvent doubler ce montant. Les salariés de groupements gagnent en moyenne 22 500 euros brut/an. Les primes de fin de saison (lâchers) sont fréquentes mais non systématiques.
Témoignages indicatifs
Loïc, 45 ans, ancien informaticien dans le Tarn, a suivi le CS gibier à la MFR de Saint-Simon en 2023. Il élève 200 faisans sur 2 hectares. “Mon revenu est modeste, 1 800 euros net par mois, mais je suis mon propre chef. Je vends 70% aux chasses privées et 30% en direct aux restaurants. Le plus dur a été le financement des volières, 25 000 euros. Le CFPPA m’a aidé pour le plan d’affaires.”
Karine, 38 ans, ancienne cuisinière en Allier, travaille pour un groupement d’éleveurs. “Je produis des perdrix pour trois sociétés de chasse. Salaire 2 000 euros net, plus une prime de 500 euros en octobre-novembre. Les horaires sont variables. Il faut aimer le travail extérieur par tous les temps. Je conseille de bien étudier le marché local avant de se lancer.”
Jean-Marc, 54 ans, ancien agent ONF dans la Hautes-Pyrénées, s’est installé comme éleveur de gibier à poils (lapins de garenne). “J’ai utilisé la VAE pour le BP REA. J’élève 150 lapins. La vente directe aux chasseurs est stable. Le Réseau des Chambres d’Agriculture m’a accompagné pour les normes sanitaires.”
Risques et limites de cette reconversion
La reconversion vers l’élevage de gibier comporte des risques. Premier risque : la concurrence des importations. Près de 30% du gibier consommé en France vient de Pologne ou de Nouvelle-Zélande, selon la DGAL. Deuxième risque : la réglementation sanitaire. La peste porcine africaine (PPA) et l’influenza aviaire imposent des mesures strictes. Un foyer peut entraîner l’abattage total du cheptel sans indemnisation si l’élevage n’est pas assuré.
Troisième limite : l’investissement initial. Une installation complète (volières, enclos, broyeur, stockage) coûte entre 20 000 et 50 000 euros, sans compter le foncier. Le retour sur investissement est long, souvent 5 à 7 ans. Quatrième risque : la dépendance aux cycles de chasse. La saison s’étend d’octobre à février. Le reste de l’année, le revenu est faible. La diversification vers la vente de viande fraîche ou transformée (terrines) est nécessaire pour lisser l’activité.
Cinquième limite : les difficultés de commercialisation. Les sociétés de chasse sont de moins en moins nombreuses (environ 3 500 en France, en baisse de 2% par an selon la FNC). La vente en direct aux bouchers et restaurateurs exige un agrément sanitaire CE. Seuls 20% des élevages le possèdent en 2025. Enfin, le métier est physiquement exigeant : travaux en extérieur, port de charges lourdes, horaires irréguliers. Les accidents de travail dans l’élevage de gibier sont 1,5 fois plus fréquents que dans le reste de l’agriculture (source MSA 2025).
Perspectives d’avenir pour la filière gibier en France
Malgré les risques, la filière gibier offre des perspectives positives. La demande de viande locale et de qualité augmente. Les éleveurs labellisés “Gibier de France” (300 élevages en 2025, +15% par an) bénéficient d’un prix de vente supérieur de 20% en moyenne. Les circuits courts représentent 20% des ventes, proportion qui devrait doubler d’ici 2030 selon les projections de FranceAgriMer.
Les innovations technologiques (volières connectées, alimentation automatisée) réduisent les coûts de main-d’œuvre. Des start-ups comme Poulesconnect développent des capteurs pour le suivi sanitaire. Les partenariats avec les parcs naturels régionaux se multiplient pour valoriser le gibier comme produit de terroir. Enfin, le renouvellement générationnel est un enjeu : 40% des éleveurs actuels partiront à la retraite d’ici 2035, créant un créneau pour les reconvertis.
