L'essentiel en 30 secondes

  • Le WEF prévoit 170 millions de nouveaux emplois créés d'ici 2030, contre 92 millions détruits.
  • Solde net positif de 78 millions d'emplois, mais répartition très inégale selon les secteurs.
  • Les métiers de la tech, de la santé et de la transition verte dominent les créations.
  • Les postes administratifs, de saisie et de caisse figurent en tête des suppressions.
  • La pensée analytique et la maîtrise de l'IA sont les compétences les plus demandées en 2030.

Chaque deux ans, le Forum économique mondial (WEF) publie son rapport « Future of Jobs », considéré comme l'une des boussoles les plus influentes pour anticiper les transformations du marché du travail mondial. L'édition 2025, publiée en janvier de cette année, est particulièrement attendue : c'est la première à intégrer pleinement l'impact de l'IA générative dans ses modèles de projection. Avec 1 077 employeurs interrogés dans 55 pays, représentant plus de 14 millions de salariés, le rapport offre une photographie sans précédent des intentions réelles du monde économique.

La méthode WEF : interroger ceux qui décident

Contrairement aux études théoriques qui modélisent l'automatisation depuis des données de tâches, le WEF adopte une approche empirique directe : il interroge des directeurs des ressources humaines, des PDG et des responsables stratégiques sur leurs intentions d'embauche et de réduction d'effectifs à horizon 5 ans. Cette méthode a l'avantage de capturer les décisions réelles plutôt que des projections algorithmiques, mais elle présente aussi un biais : les entreprises interrogées sont majoritairement des multinationales et des grandes PME, surreprésentant les secteurs formels et technologiquement avancés.

Le rapport 2025 couvre les années 2025-2030 et croise trois grandes forces de transformation : l'intelligence artificielle et l'automatisation, la transition écologique, et les évolutions démographiques et géopolitiques. C'est cette triple pression simultanée qui rend le marché du travail actuel particulièrement complexe à lire.

170 millions créés, 92 millions détruits : que retenir du solde ?

Le chiffre phare du rapport — un solde net de +78 millions d'emplois — est réconfortant en apparence. Mais il masque une réalité beaucoup plus fragmentée. Les créations et les destructions ne concernent pas les mêmes personnes, les mêmes régions ni les mêmes qualifications. Un ouvrier d'assemblage dont le poste est supprimé n'est pas naturellement candidat à devenir ingénieur en énergies renouvelables.

Les 170 millions de nouveaux emplois se concentrent dans cinq grands domaines :

  • Technologies vertes et transition énergétique : techniciens en panneaux solaires, ingénieurs en efficacité énergétique, spécialistes ESG.
  • Soins et assistance : aides-soignants, infirmiers, travailleurs sociaux, soutien à domicile pour personnes âgées.
  • Intelligence artificielle et data : data analysts, ingénieurs machine learning, spécialistes cybersécurité, développeurs IA.
  • Commerce et vente spécialisée : commerciaux B2B, spécialistes e-commerce, conseillers en solutions complexes.
  • Éducation et formation : formateurs, concepteurs pédagogiques, coachs de reconversion.

Les 10 métiers qui progressent le plus selon le WEF 2025

  1. Spécialiste IA et machine learning
  2. Spécialiste en énergies renouvelables
  3. Ingénieur environnemental
  4. Analyste de données (data analyst)
  5. Ingénieur en cybersécurité
  6. Développeur logiciel
  7. Aide-soignant et auxiliaire de vie
  8. Gestionnaire de transition (change manager)
  9. Spécialiste en interface homme-machine (UX)
  10. Concepteur pédagogique et formateur digital

Les métiers qui reculent ou disparaissent

Les 92 millions de postes menacés se concentrent dans des professions marquées par la répétitivité cognitive ou administrative :

  • Employés de saisie de données : en tête des suppressions mondiales, avec une automatisation quasi-totale attendue.
  • Secrétaires et assistants administratifs polyvalents : les tâches de planification, de rédaction de courriers et de gestion de fichiers sont directement absorbées par les assistants IA.
  • Comptables et auditeurs juniors : les tâches répétitives de rapprochement comptable et de génération de rapports standards sont en première ligne.
  • Agents de service client téléphonique : les chatbots et assistants vocaux prennent en charge une part croissante des interactions de premier niveau.
  • Caissiers et agents de guichet bancaire : l'automatisation physique (caisses automatiques, applications mobiles) complète l'IA dans ces secteurs.

Les 10 métiers qui reculent le plus selon le WEF 2025

  1. Agent de saisie de données
  2. Secrétaire administratif polyvalent
  3. Comptable junior / aide-comptable
  4. Agent de service client (centre d'appels)
  5. Caissier et agent de guichet
  6. Facteur et coursier de documents papier
  7. Agent de réservation et billetterie
  8. Opérateur de traitement des réclamations
  9. Superviseur de production à tâche unique
  10. Analyste de crédit standardisé

Métiers concernés par cette étude

Les compétences clés pour 2030

Au-delà des métiers, le rapport WEF 2025 identifie les compétences qui feront la différence sur le marché du travail de demain. Le palmarès est révélateur :

1. Pensée analytique et critique : première compétence citée par les employeurs. La capacité à décomposer un problème complexe, à évaluer des informations contradictoires et à formuler un jugement reste irremplaçable.

2. Maîtrise de l'IA et du traitement des données : non pas être ingénieur IA, mais savoir utiliser les outils, comprendre leurs limites et interpréter leurs résultats. Le « AI literacy » devient une compétence de base au même titre que la maîtrise d'Excel il y a 20 ans.

3. Résilience, flexibilité et agilité : la capacité à s'adapter à des environnements changeants, à apprendre continuellement et à changer de rôle est valorisée par 65 % des employeurs interrogés.

4. Créativité et innovation : paradoxalement renforcée par l'IA, qui prend en charge les tâches d'exécution et libère du temps pour la conception, la stratégie et l'imagination.

5. Leadership et influence sociale : la gestion d'équipe, la capacité à fédérer, à motiver et à gérer des conflits reste hors de portée des systèmes d'IA actuels.

Application France : ce que le rapport signifie pour le marché du travail hexagonal

La France n'est pas citée séparément dans le rapport WEF, mais les données européennes permettent d'en tirer des enseignements pertinents. Plusieurs spécificités françaises méritent attention :

La surreprésentation de la fonction publique. Avec environ 5,7 millions d'agents publics, la France a un marché du travail partiellement isolé des logiques d'automatisation immédiate — les suppressions de postes publics obéissent à des logiques politiques, pas marchandes. Cela ralentit l'impact mais ne l'annule pas sur le long terme.

La protection réglementaire européenne. L'AI Act européen, entré en vigueur en 2024, impose des contraintes spécifiques sur l'utilisation de l'IA dans les décisions affectant les travailleurs. Cela crée un environnement d'adoption plus lent qu'aux États-Unis, mais aussi plus encadré.

Le déficit de formation aux métiers de la tech. La France produit insuffisamment de profils data et IA pour répondre à la demande croissante identifiée par le WEF. Les écoles d'ingénieurs et universités commencent à adapter leurs cursus, mais le délai est de plusieurs années.

Ce que dit le WEF sur la formation continue

Le rapport insiste sur le fait que 60 % des travailleurs actuels auront besoin d'une formation significative d'ici 2030. Mais seulement 50 % d'entre eux ont accès à des opportunités de formation adéquates dans leur entreprise. Ce « formation gap » est l'un des risques les plus sérieux identifiés par le rapport.

Passez à l'action

Conclusion

Le rapport WEF Future of Jobs 2025 offre la vision la plus complète et la plus récente sur les transformations du marché du travail mondial. Son message central est nuancé : l'IA et les autres forces de transformation créeront davantage d'emplois qu'elles n'en détruiront au niveau agrégé — mais cette moyenne dissimule des ruptures brutales pour certains secteurs et certains profils. En France, les travailleurs des fonctions administratives, comptables et de relation client de premier niveau sont les plus exposés à court terme. Les métiers de la tech, du soin et de la transition écologique représentent les débouchés les plus solides pour les années à venir. La clé de la résilience : la formation continue et l'acquisition des compétences analytiques et technologiques que le WEF identifie comme universellement valorisées en 2030.

Sources et references