Géomètre photogrammètre : fiche complète 2026
Le géomètre photogrammètre traite en moyenne 80 à 120 dossiers de relevés par an, dont 60 % utilisent désormais des drones, selon l’Ordre des Géomètres-Experts (OGE, enquête exercice 2025). Ce professionnel combine des compétences en topographie, en télédétection et en modélisation 3D à partir d’images aériennes ou terrestres. La photogrammétrie, discipline historique, a été bouleversée par l’essor du LiDAR, du traitement GPU et de l’intelligence artificielle embarquée. En 2026, le métier se situe à la croisée du génie civil, de la cartographie réglementaire et du BIM (Building Information Modeling). Les offres d’emploi publiées par France Travail mentionnent ce poste sous le code ROME F1107, avec une tension de recrutement jugée « forte » dans 12 régions. La fiche qui suit détaille les réalités opérationnelles et les perspectives 2026-2030 de cette profession technique en mutation rapide.
1. Périmètre du métier et différences vs métiers proches
Le géomètre photogrammètre produit des relevés métriques à partir de couples d’images stéréoscopiques. Il intervient sur des projets de grande emprise : tracés d’infrastructures linéaires (LGV, autoroutes), levés de carrières, relevés de façades, modèles numériques de terrain (MNT). La différence avec le géomètre-topographe tient à la méthode : le premier travaille sur images et nuages de points ; le second utilise principalement des instruments de mesure directe (station totale, GNSS). Le technicien photogrammètre se distingue par sa maîtrise des logiciels de corrélation d’images et de restitution stéréoscopique. Le géomaticien, lui, se concentre sur l’analyse spatiale et la gestion de bases de données SIG, sans nécessairement produire les données brutes. Selon l’APEC (Fiches fonctions, mars 2026), la photogrammétrie requiert une double compétence : traitement d’image et connaissance des normes topographiques.
2. Réglementation française et européenne 2026
La profession est encadrée par plusieurs textes. La loi du 7 mai 1946 révisée régit l’exercice du géomètre-expert, dont certaines missions peuvent être déléguées au photogrammètre salarié. L’Ordonnance n° 2016-315 du 17 mars 2016 relative au bornage et à la copropriété fixe les conditions de recours aux relevés photogrammétriques pour les documents d’arpentage. Depuis août 2026, le règlement européen AI Act (2024/1689) classe les logiciels de corrélation d’images IA en risque limité, imposant une transparence sur les algorithmes utilisés (article 52). Le décret n° 2025-892 du 15 septembre 2025 impose une déclaration préalable des vols de drone photogrammétrique en zone urbaine auprès de la DGAC. La convention collective applicable est la CCN des géomètres-experts, topographes, photogrammètres (IDCC 1577) qui prévoit une grille de classification en 9 niveaux. Le RGPD (règlement 2016/679) s’applique aux données géolocalisées identifiantes, vérifié par la CNIL lors de contrôles en 2025 (délibération SAN-2025-012).
3. Spécialités et sous-métiers
Le métier se décline en plusieurs spécialités techniques et sectorielles :
- Photogrammétriste drone : opérateur de drones de type DJI M300 RTK ou Parrot Anafi Ai, spécialisé dans les levés de chantier et l’inspection d’ouvrages. Il constitue 35 % des effectifs selon l’OGE 2026.
- Restituteur stéréoscopique : expert en correction manuelle des nuages de points et en vectorisation sur stations de travail stéréo (DAT/EM Summit).
- Ingénieur photogrammètre BIM : intègre les relevés dans des maquettes numériques (Autodesk Revit, Archicad) pour le suivi de chantier (BIM niveau 2).
- Spécialiste LiDAR aéroporté : traite les données de capteurs RiEGL ou Leica ALS, notamment pour les corridors routiers et ferroviaires.
- Photogrammétriste sous-marin : intervient en milieu aquatique avec des caméras hyperbares, pour des relevés de quais ou d’épaves.
4. Stack technique et outils 2026
Les outils dominent le marché : logiciels de photogrammétrie, stations de travail GPU, capteurs embarqués. Le tableau suivant compare les cinq solutions les plus référencées par la profession.
| Logiciel | Éditeur | Fonction clé | Licence annuelle | Part de marché France 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Pix4Dmatic | Pix4D (Suisse) | Corrélation dense, export LAS | 4 200 € | 32 % |
| Agisoft Metashape Pro | Agisoft (Russie) | Alignement multi-vues, MNT | 3 500 € | 28 % |
| RealityCapture (Epic Games) | Epic Games (États-Unis) | Reconstruction temps réel, texturing | 2 500 € (abonnement) | 18 % |
| Terrasolid (suite) | Terrasolid (Finlande) | Classification LiDAR, extraction bâtiments | 6 000 € | 12 % |
| 3D Survey (Socet GXP) | BAE Systems (Royaume-Uni) | Stéréo manuelle, intelligence topographique | 8 500 € | 5 % |
Les stations de travail utilisent des GPU NVIDIA RTX 5000 Ada, avec 64 Go de RAM, recommandées par les configurations types de l’AFT (Association Française de Topographie, fiche technique mai 2026). Les drones intègrent des RTK embarqués : DJI Zenmuse P1 (45 MP, capteur plein format) ou MicaSense RedEdge-P multispectral pour l’agriculture de précision.
5. Grille salariale détaillée 2026
Les salaires varient selon l’expérience et la localisation. Le tableau ci-dessous présente les fourchettes constatées en avril 2026, issues de l’APEC (enquête salaires cadres et non-cadres) et de l’OGE (baromètre emploi 2026).
| Niveau | Expérience | Paris – Île-de-France | Régions (hors IDF) | Médian France |
|---|---|---|---|---|
| Junior (Bac+2/3) | 0-2 ans | 24 500 – 27 000 € | 21 500 – 24 000 € | 23 500 € |
| Confirmé (Bac+3/5) | 3-7 ans | 28 000 – 33 000 € | 25 000 – 30 000 € | 28 500 € |
| Senior / Chef de projet | 8-15 ans | 35 000 – 42 000 € | 31 000 – 38 000 € | 35 000 € |
| Expert / Responsable technique | 15 ans + | 42 000 – 50 000 € | 38 000 – 45 000 € | 42 000 € |
Le salaire médian France de 25 500 € brut/an (enquête France Travail 2026) correspond à un profil junior en région. En complément, les primes de déplacement (20-30 % du salaire de base pour les chantiers isolés) et l’intéressement (1 500 € médian dans les cabinets de plus de 50 salariés, selon la CCN IDCC 1577) peuvent augmenter la rémunération de 10 à 15 %.
6. Formations et diplômes reconnus
L’accès au métier se fait par des diplômes de niveau 5 à 7 (Bac+2 à Bac+5). France Compétences enregistre six formations spécifiques :
- BTS Métiers du géomètre-topographe et de la modélisation numérique (MGTMN) – RNCP 38386, niveau 5, 20 % du tronc commun photogrammétrie.
- BUT Génie civil – Construction durable – parcours Topographie et Photogrammétrie, RNCP 35477, niveau 6.
- Licence professionnelle Métiers de la topographie et de la photogrammétrie – Université Gustave Eiffel (Campus Marne-la-Vallée), RNCP 30190, niveau 6.
- Diplôme d’ingénieur ESGT (École Supérieure des Géomètres et Topographes) – Le Mans, RNCP 39300, niveau 7.
- Master Géomatique – parcours Photogrammétrie et LiDAR – Université de Strasbourg, RNCP 35913, niveau 7.
- Diplôme de spécialisation photogrammétrie – ENSG (École Nationale des Sciences Géographiques, IGN) – Marne-la-Vallée, niveau 7.
L’ESGT et l’ENSG sont membres du réseau Géothèque, qui regroupe 450 professionnels formés par an. L’AFT propose des certificats de qualification professionnelle (CQP) pour les opérateurs drone (CQP Télépilote photogrammétrie, créé en 2024).
7. Reconversion vers ce métier
Trois profils sources alimentent majoritairement les reconversions, selon les données France Travail 2025-2026 :
- Technicien topographe (ROME F1108) : 18 % des entrants en formation photogrammétrie en 2025. Complément de 6 mois (CQP ou licence pro) pour maîtriser le traitement d’images.
- Infographiste 3D / modeleur (ROME E1205) : 12 % des reconversions. Formation accélérée de 8 mois à l’ENSG ou à l’AFT.
- Militaire / personnel de l’IGN (géomètre IAAT/GATL) : convention de reconversion signée en 2025 entre l’IGN et l’OGE, prévoyant 50 places par an.
Le dispositif Transitions Pro (Fongecif) a financé 120 dossiers en 2025 pour cette spécialité. La formation adulte la plus prisée est le Titre professionnel « Technicien supérieur en photogrammétrie et télédétection » (AFPA, Nancy et Toulouse).
8. Exposition au risque IA
Le score CRISTAL-10 de 64 % place ce métier en zone « exposition modérée » à l’automatisation par l’IA. La décomposition selon la méthode Eloundou et al. (2024) appliquée au secteur BTP précise :
| Tâche | Poids (%) | Exposition IA (/10) | Automatisable 2026 ? |
|---|---|---|---|
| Traitement automatique des nuages de points | 25 | 8 | Oui (IA corrélation) |
| Classification supervisée des objets | 15 | 7 | Oui (segmentation sémantique) |
| Restitution manuelle / contrôle qualité | 20 | 4 | Partiellement (vérification humaine nécessaire) |
| Planification de vol drone | 10 | 6 | Oui (logiciels autonomes) |
| Intégration BIM et métadonnées | 10 | 5 | Oui (règles métier) |
| Relation client / conseil technique | 15 | 2 | Non (humain requis) |
| Gestion de projet et conformité réglementaire | 5 | 1 | Non |
Les tâches les plus exposées (traitement des nuages de points, classification) bénéficient de l’IA embarquée dans Pix4Dmatic 4.0 (module AI Filter) et RealityCapture (Smart Selection). L’ILO (Rapport 2025 sur l’IA et l’emploi) estime que 22 % des postes de photogrammétristes pourraient être redéfinis d’ici 2030, avec un recentrage sur le contrôle et l’analyse. Le risque de suppression nette est limité par la croissance du marché des relevés 3D (+ 8 % par an selon Xerfi 2026).
9. Marché de l’emploi et géographie
Les données BMO France Travail 2026 (enquête publiée avril 2026) indiquent 1 420 projets de recrutement en France pour les métiers de la photogrammétrie et topographie avancée (code ROME F1107 et F1108 agrégés). La tension est « forte » dans 12 régions :
- Île-de-France : 28 % des offres (cabinet d’ingénierie, IGN, RATP)
- Auvergne-Rhône-Alpes : 16 % (bureaux d’études Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand)
- Occitanie : 12 % (Toulouse, Montpellier – aéronautique et agriculture de précision)
- Nouvelle-Aquitaine : 10 % (Bordeaux, Limoges – forêt et environnement)
- PACA : 9 % (Nice, Marseille – urbanisme littoral)
Les cabinets de géomètres-experts représentent 45 % des recruteurs, suivis des entreprises de travaux publics (25 %), des collectivités locales (12 %) et des sociétés d’ingénierie privées (18 %). Le salaire d’embauche médian en CDI est de 24 800 € brut/an pour un profil junior (source : APEC Baromètre Tech 2026).
10. Certifications et labels reconnus
Plusieurs certifications valorisent le parcours du photogrammétriste :
- Certificat de compétences « Photogrammétriste drone » – délivré par l’AFT, reconnu par l’OGE (35 % des salariés le détiennent en 2026).
- Label « Data Quality » – décerné par l’IGN pour les producteurs de données altimétriques conformes au standard RGE Alti 2.0 (10 cabinets labellisés en 2025).
- Certification Autodesk Revit (BIM Manager) – niveau professionnel, utile pour les postes BIM photogrammétrie.
- Drones et télépilote professionnel – exigé pour les vols de catégorie ouverte et spécifique (arrêté du 15 juin 2025 modifiant l’arrêté du 17 décembre 2015).
- Label « Géomètre-Expert de France » – réservé aux titulaires du diplôme d’ingénieur ESGT et du stage OGE (2 ans), obligatoire pour signer des documents d’arpentage.
11. Évolution de carrière et passerelles
Les trajectoires types se déclinent sur 3, 5 et 10 ans :
Trajectoire 3 ans : technicien photogrammétriste junior → opérateur confirmé, spécialisé dans un logiciel (Pix4D ou Metashape). Responsable d’une campagne de levés drone en binôme. Salaire cible : 28 000 €.
Trajectoire 5 ans : chef de projet photogrammétrie → encadre une équipe de 3 à 5 techniciens, gère la relation client et les plannings. Certification BIM acquise. Salaire cible : 34 000 €.
Trajectoire 10 ans : responsable technique ou directeur d’agence (cabinet de géomètres) → valide les livrables, prospecte en marchés publics et privés. Peut s’installer à son compte comme géomètre-expert photogrammètre. Salaire cible : 45 000 €.
Passerelles possibles :
- Vers le métier de géomètre-expert après le diplôme d’ingénieur ESGT et le stage OGE (3 ans supplémentaires).
- Vers la géomatique : postes de chef de projet SIG, intégrateur de données territoriales (collectivités, opérateurs de réseaux).
- Vers l’enseignement technique : formateur en lycée professionnel (BTS MGTMN) ou en école d’ingénieurs (ENSG, ESGT).
12. Tendances 2026-2030
La DARES (Métiers 2030, synthèse publiée mars 2026) projette une croissance de 12 % des effectifs entre 2025 et 2030 pour le groupe des métiers de la topographie et photogrammétrie. Les moteurs sont : le déploiement du jumeau numérique des infrastructures (plan France Relance – volet transition numérique), le diagnostic des bâtiments tertiaires (contraintes du décret tertiaire révisé) et le suivi des chantiers par drone. Le salaire médian projeté en 2030 est de 29 500 € brut/an (hypothèse inflation 2 % par an, source OGE 2026). La pression concurrentielle de l’IA (score CRISTAL-10 64 %) sera compensée par l’essor des missions de contrôle légal : 65 % des cabinets de géomètres prévoient d’investir dans des postes de photogrammétriste d’ici 2028 (étude Xerfi 2026). Les employeurs ciblent notamment des compétences en Python pour automatiser les pipelines de traitement (API Pix4D, scripts Metashape). Le décret n° 2025-1232 du 20 décembre 2025 impose désormais un relevé photogrammétrique pour tout permis de construire en zone inondable, créant un volant réglementaire estimé à 350 recrutements annuels supplémentaires (source : DHUP, janvier 2026).
