Reconversion en professeur d’équitation : fiche pratique 2026
En 2025, France Compétences a enregistré 612 dossiers de validation des acquis de l’expérience (VAE) dans le champ des activités équestres, soit +8% par rapport à 2024. Selon la DARES, 38% des candidats aux certifications d’éducateur sportif “équitation” étaient en reconversion professionnelle en 2024, soit environ 1 150 personnes. Le métier de professeur d’équitation attire notamment des adultes en quête de sens, d’autonomie et de contact animalier. Cette fiche détaille les conditions, les parcours et les réalités du terrain pour réussir cette reconversion en 2026.
Pourquoi se reconvertir vers professeur d’équitation en 2026
Le secteur équestre français pèse 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel selon l’Institut Français du Cheval et de l’Équitation (IFCE). En 2025, France Travail a recensé 2 800 offres d’emploi pour moniteur-guide d’équitation, soit +14% sur un an. La BMO (Besoin en Main-d’Œuvre) 2025 indique que 0,8% des projets de recrutement concernent ce métier, mais avec 62% de difficultés déclarées par les employeurs.
Les centres équestres peinent à recruter des enseignants disponibles le week-end et les jours fériés. La Fédération Française d’Équitation (FFE) comptait 680 000 licenciés en 2025, en baisse de 4% depuis 2022. Cette érosion pousse les exploitants à diversifier leurs offres (tourisme équestre, équitation d’extérieur, équithérapie).
Le vieillissement des effectifs est marqué : l’âge moyen des enseignants d’équitation atteint 44 ans selon l’Observatoire des métiers du sport. 32% d’entre eux ont plus de 50 ans et partiront à la retraite d’ici 2032. Les profils de reconversion, souvent plus matures et stables, sont recherchés par les exploitants.
Profils sources qui se reconvertissent vers professeur d’équitation
- Ex-cadres RH ou managers : après un burn-out ou une lassitude du bureau, ils cherchent un métier concret avec des horaires flexibles. Ils valorisent leurs compétences en gestion d’équipe et en planification de plannings.
- Anciens militaires ou gendarmes : habitués à la discipline, au cadre réglementaire et à la gestion de groupes sous pression. La filière équestre militaire est un vivier historique.
- Techniciens ou ouvriers qualifiés (agriculture, mécanique) : ils possèdent déjà des compétences manuelles (soins aux chevaux, entretien des installations) et une bonne résistance physique. Ils bénéficient souvent d’un dispositif Transitions Pro en région rurale.
- Professionnels de la petite enfance ou de l’éducation : enseignants ou animateurs en école primaire, ils maîtrisent la pédagogie et la gestion de groupes d’enfants. Leur connaissance du public scolaire est un atout pour les centres équestres.
- Personnes issues du commerce ou du tourisme : vendeurs, conseillers en agence de voyages, ils apportent des compétences en relation client, vente de prestations et gestion de réservations.
Compétences transférables vers le métier de professeur d’équitation
| Compétence source (profil antérieur) | Compétence requise (professeur d’équitation) | Écart à combler |
|---|---|---|
| Encadrement de groupes (animation, enseignement, management) | Animer une séance d’équitation (collective ou individuelle) | Maîtrise des fondamentaux de l’équitation (galop 5 minimum) + pédagogie spécifique |
| Gestion de planning / organisation d’activités | Organiser les plannings de cours, les stages, les compétitions | Connaissance des règles fédérales et des normes de sécurité |
| Relation client et vente | Conseiller les cavaliers, promouvoir les prestations (cours, pensions, stages) | Maîtrise des tarifs de la profession et du code de la consommation (affichage des prix, CGV) |
| Soins aux animaux / agriculture | Assurer les soins quotidiens aux chevaux (alimentation, pansage, suivi sanitaire) | Connaissances approfondies en éthologie et bien-être animal (réglementation 2024) |
| Pédagogie ou formation pour adultes | Adapter la progression technique au niveau des cavaliers | Certificat de capacité à enseigner (BPJEPS ou DEJEPS) |
| Gestion d’équipe (cadre, militaire) | Encadrer des bénévoles ou des salariés (palfreniers, animateurs) | Droit du travail du sport (conventions collectives) |
Parcours de formation possibles
Le métier de professeur d’équitation est réglementé. Pour enseigner contre rémunération, il faut détenir un diplôme d’État de niveau 4 (bac) minimum : le BPJEPS Équitation, spécialité “enseignement du sport équestre”. Ce diplôme est enregistré au RNCP sous le code 38334 (arrêté du 4 mai 2022).
La formation dure 12 à 18 mois en alternance. Les principaux organismes de formation sont :
- École Nationale d’Équitation (le Cadre Noir de Saumur) : formation initiale et continue, tarif 8 000 à 12 000 € selon le statut.
- CREPS (Centres de Ressources, d’Expertise et de Performance Sportive) : sites à Bordeaux, Montpellier, Lille, Lyon, Châlons-en-Champagne. Coût entre 5 000 et 9 000 €.
- CFA du sport (régionaux) : formation en apprentissage, gratuite pour l’apprenti, rémunérée selon l’âge.
- IFE (Institut de Formation Équestre) : nombreux centres privés, tarifs 6 000 à 10 000 €.
Le statut de stagiaire de la formation professionnelle permet un financement par Transitions Pro ou par France Travail (si inscrit comme demandeur d’emploi). Une mention “éligible CPF” figure sur certains organismes : à vérifier sur moncompteformation.gouv.fr pour confirmer les droits mobilisables dans votre situation.
Pour les cavaliers déjà expérimentés (galop 7), le DEJEPS Équitation (niveau 5, bac+2) est accessible directement après test d’entrée technique, avec une formation de 18 à 24 mois. Le DESJEPS (niveau 6, bac+3) permet d’encadrer des entraîneurs ou des centres de formation.
Certifications professionnelles enregistrées
France Compétences enregistre six certifications dans le champ de l’enseignement de l’équitation, dont trois principales :
| Certification | Code RNCP | Niveau | Durée de validité |
|---|---|---|---|
| BPJEPS Équitation – mention “équitation classique” | 38334 | 4 (bac) | 5 ans (renouvelable par recyclage) |
| DEJEPS Équitation – mention “perfectionnement sportif” | 38335 | 5 (bac+2) | 5 ans |
| DESJEPS Équitation – mention “performance sportive” | 38336 | 6 (bac+3) | 5 ans |
| CQP Moniteur d’équitation (certificat de qualification professionnelle) | Non enregistré RNCP | Niveau 3 (CAP) | Permanent (agrément FFE) |
Le CQP Moniteur, délivré par la FFE, permet d’enseigner uniquement les premiers galops (galop 1 à 3) et n’est pas reconnu par l’État pour les établissements classés. Seuls les diplômes d’État (BPJEPS, DEJEPS, DESJEPS) autorisent l’enseignement en centre équestre déclaré.
VAE et Transitions Pro : conditions et démarches
La Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) pour le BPJEPS Équitation est ouverte à toute personne justifiant d’au moins 1 an d’activité en lien avec l’équitation (600 heures). Les candidats doivent fournir un dossier descriptif détaillé (livret 1) puis passer un oral devant un jury (livret 2). France Compétences recense 142 VAE accordées en 2025 pour ce diplôme, avec un taux de succès de 71%.
La procédure se déroule en 6 à 12 mois. Les dossiers sont déposés auprès de la DRDJSCS (Direction Régionale et Départementale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale). Un accompagnement VAE est possible via les Points Relais Conseil (PRC) gratuits en région.
Pour un financement via Transitions Pro, il faut justifier d’une ancienneté minimale de 24 mois (12 dans l’entreprise actuelle). Le dispositif prend en charge les frais pédagogiques (jusqu’à 15 000 €) et le maintien du salaire (70% du brut). Les dossiers sont étudiés au cas par cas par la commission régionale.
Étapes concrètes 30/60/90 jours
Jours 1 à 30 : préparation et diagnostic
- Contacter la DRDJSCS de votre région pour connaître les organismes habilités à délivrer le BPJEPS équitation.
- Passer un test pratique dans un centre équestre agréé pour évaluer votre niveau (galop 5 minimum exigé à l’entrée en formation).
- Consulter le site moncompteformation.gouv.fr pour vérifier vos droits CPF et identifier les formations référencées.
- Solliciter un entretien avec un conseiller Transitions Pro pour étudier les possibilités de financement (CIS, CPF de transition).
- Réaliser un bilan de compétences (financement possible par le CPF) pour valider votre projet d’orientation.
Jours 31 à 60 : montage du dossier
- Constituer un dossier de candidature pour un BPJEPS Équitation (CV, lettre de motivation, attestation de galop, certificat médical).
- Déposer une demande préalable de financement auprès de Transitions Pro (délai de 2 mois minimum).
- Rechercher un centre équestre partenaire pour un contrat d’apprentissage ou un stage en alternance (via France Travail ou le réseau FFE).
- Contacter un Point Relais Conseil VAE pour évaluer la faisabilité d’une validation directe de votre expérience.
- Participer aux journées portes ouvertes des CFA du sport ou CREPS (calendrier sur le site de chaque établissement).
Jours 61 à 90 : lancement de la formation ou de la VAE
- Finaliser l’inscription administrative et signer le contrat d’alternance ou de formation.
- Déclarer votre projet à France Travail (si vous êtes demandeur d’emploi) pour maintenir vos droits pendant la formation.
- Organiser votre emploi du temps professionnel et personnel pour les 12 prochains mois (alternance école/terrain).
- Planifier les séances de travail personnel (révisions des matières techniques : anatomie, réglementation, pédagogie).
- Contacter la MSA (Mutualité Sociale Agricole) pour les aspects couverture sociale si vous passez en statut indépendant envisagé après la formation.
Marché de l’emploi 2026
Selon la BMO 2025, 62% des recrutements de moniteurs d’équitation sont jugés difficiles par les employeurs. Les tensions sont particulièrement fortes en régions Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Pays de la Loire et Auvergne-Rhône-Alpes, où se concentrent la majorité des centres équestres. L’INSEE recense 11 200 enseignants d’équitation en France (hors auto-entrepreneurs), dont 68% sont des hommes.
Le marché se segmente en deux pôles :
- Centres équestres associatifs et clubs privés : 80% des offres, souvent à temps partiel (20 à 30h/semaine), avec une forte demande le mercredi et le week-end.
- Grands centres et poney-clubs familiaux : recherchent des enseignants polyvalents capables d’assurer aussi l’entretien des installations et les soins aux chevaux.
Les offres publiées par France Travail en 2025 indiquent une évolution vers des contrats saisonniers (mars à octobre) dans les régions touristiques (Alpes-Maritimes, Haute-Savoie, Gironde). Environ 30% des postes sont à pourvoir en CDI, le reste étant en CDD, vacations ou auto-entrepreneuriat.
Grille salariale après reconversion
| Niveau | Expérience | Salaire brut annuel | Contexte d’emploi |
|---|---|---|---|
| Junior (BPJEPS récent) | 0-2 ans | 25 000 – 30 000 € | CDI en club associatif, 35h/semaine, parfois logement inclus |
| Confirmé (DEJEPS) | 3-7 ans | 30 000 – 36 000 € | CDI en centre privé, avec primes sur résultats (stages, compétitions) |
| Senior (DESJEPS ou responsable pédagogique) | 8+ ans | 36 000 – 45 000 € | Poste à responsabilités (directeur de centre, formateur en CFA) |
| Auto-entrepreneur | Variable | 18 000 – 35 000 € | Revenu net avant charges, forte variabilité selon saison et clientèle |
Les conventions collectives du sport (CCNS) fixent les salaires minima : un moniteur diplômé en début de carrière perçoit au moins 1,2 fois le SMIC (soit 22 300 € brut/an en 2026). Les enseignants à temps partiel gagnent en moyenne 12 € de l’heure selon la DARES. Les logements de fonction sont fréquents (valeur estimée à 3 000-5 000 €/an non imposable).
Témoignages indicatifs et études de cas
Le site de l’IFCE publie régulièrement des portraits de reconvertis. Un cas documenté en 2025 relate le parcours d’un ancien infirmier de 45 ans, titulaire d’un BPJEPS Équitation obtenu en 14 mois via Transitions Pro. Il a ouvert un petit centre équestre de 5 chevaux dans le Morbihan après 3 ans d’expérience salariée. Ses revenus la première année : 28 000 € nets.
Un second cas, suivi par la FFE, concerne une ex-responsable commerciale de 38 ans dans l’agroalimentaire à Nantes. Elle a passé son BPJEPS en alternance (2 jours de cours, 3 jours en club). Son employeur l’a embauchée en CDI à 30 000 € brut après son diplôme. Elle souligne que le passage au statut de salariée du sport a impliqué une baisse de salaire de 25%, compensée par des horaires compatibles avec sa vie de famille.
Le CNB (Conseil National du Cheval) note que les auto-entrepreneurs peinent à atteindre un revenu annuel supérieur à 22 000 €, en raison de la saisonnalité et du nombre limité de clients réguliers. Les témoignages recueillis par l’ANEFA (Association Nationale des Éleveurs de chevaux) mentionnent la précarité des premières années : 40% des débutants cumulent un emploi complémentaire (gardiennage, entretien) pendant les 2 premières années.
Risques et limites de cette reconversion
La première limite est l’exigence du niveau équestre : il faut atteindre le galop 5 ou 7 pour intégrer la formation, ce qui suppose une pratique régulière et coûteuse (environ 800 € par an de leçons et 1 500 € de frais de cheval). Les candidats non-cavaliers doivent compter 3 à 5 ans de préparation.
Le taux d’insertion à 6 mois après l’obtention du BPJEPS est de 68% selon la DRDJSCS (2024), mais 22% des diplômés quittent le métier dans les 3 premières années. Les causes : usure physique, isolement professionnel, difficultés à vivre du salaire dans les zones rurales.
Les conditions de travail incluent : travail le week-end et jours fériés (90% des centres équestres sont ouverts le samedi et le dimanche), horaires fractionnés (6h-9h puis 17h-20h), exposition aux intempéries et aux risques de blessures (chutes, coups de sabot). La MSA recense 2,8 accidents du travail pour 100 salariés dans le secteur équestre, le double de la moyenne nationale.
Enfin, le modèle économique des clubs est fragile : 30% des centres équestres ont un chiffre d’affaires inférieur à 150 000 € selon l’IFCE, ce qui limite les perspectives d’augmentation salariale et de stabilité de l’emploi. Les postes à temps complet restent rares (27% des offres en 2025 selon France Travail).
