Greeur : fiche complète 2026
Dans les chantiers navals et les ports français, la manipulation des charges lourdes nécessite une précision d’orfèvre. Le greeur assemble et vérifie les éléments de levage qui permettent de déplacer des pièces de plusieurs tonnes sans incident. Ce métier manuel et technique reste indispensable, même face à la montée des outils numériques de simulation.
1. Périmètre du métier et différences vs métiers proches
Le greeur prépare les élingues, les palonniers et les accessoires de levage avant chaque opération de manutention. Il inspecte visuellement chaque câble, chaque cosse et chaque manille pour détecter les défauts d’usure ou de déformation. Sur un chantier naval, il participe au montage des mâts, des espars et du gréement dormant des voiliers de grand tourisme ou des navires de pêche. Dans l’industrie parapétrolière, ses compétences permettent d’installer des plateformes offshore en mer.
L’élingueur se limite souvent à l’accrochage des charges sous un pont roulant. Le grutier opère les engins de levage à distance. Le greeur intervient en amont : il définit la configuration des apparaux de levage en fonction du poids, du centre de gravité et de la fragilité de la pièce. Il maîtrise aussi le matelotage, l’art des nœuds marins, ce qui le distingue des manoeuvres en atelier classique.
3. Spécialités et sous-métiers
- Greeur de navires de plaisance : travaille sur des voiliers de 10 à 30 mètres. Installe les drisses, les écoutes, les haubans et les étais. Utilise de l’acier inoxydable et du dyneema. Connaît les normes de la navigation de plaisance.
- Greeur industriel en manutention : assemble les dispositifs de levage pour les usines, les chantiers BTP et les centrales. Calcule les capacités de charge des palonniers et des chaînes. Intervient souvent en binôme avec un grutier.
- Greeur offshore : travaille sur les navires d’assistance, les barges et les plateformes pétrolières ou éoliennes. Manipule des masses dépassant les cent tonnes. Connaît les procédures de sécurité en milieu marin isolé.
- Monteur-greeur en structures métalliques : installe des charpentes, des passerelles et des ossatures. Combine les techniques de levage et d’assemblage. Travaille en hauteur sur des grues à tour.
4. Outils et environnement technique
Le greeur utilise des élingues textiles (polyester, polyamide) et chaînes de levage conformes à la norme EN 818. Il manie des palonniers à crochet, des pinces de levage, des anneaux fendus et des manilles à vis. Les câbles en acier tressé, les poulies et les réas font partie de son quotidien. Il emploie des dynamomètres pour vérifier la tension, des niveaux laser et des détecteurs de défauts par magnétoscopie pour inspecter les câbles.
Côté logistique, le métier repose sur des logiciels de calcul de charge et de centre de gravité, souvent intégrés dans des applications métiers ou des tableurs avancés. Les scanners 3D et les logiciels de simulation de levage (comme LiftPlanner ou des modules CAO) commencent à se diffuser dans les grands chantiers navals. Les marques d’outillage comme Stanley, Facom ou Beta sont fréquentes pour les clés dynamométriques.
| Niveau | Paris et Île-de-France | Régions (Littoral, Grand Ouest, Sud) |
|---|---|---|
| Junior (0-2 ans) | 26 000 – 29 000 € brut/an | 23 000 – 25 500 € brut/an |
| Confirmé (3-8 ans) | 30 000 – 34 000 € brut/an | 27 000 – 31 000 € brut/an |
| Senior (8+ ans) | 35 000 – 42 000 € brut/an | 32 000 – 38 000 € brut/an |
5. Formations et diplômes
- CAP Matelot : formation maritime de base, délivrée par les lycées professionnels maritimes (LPM). Accès direct au métier dans la plaisance professionnelle.
- Bac pro Conduite et gestion des entreprises maritimes (CGEM) : orientation vers le gréement et la maintenance navale. Stages en chantier.
- BTS Maintenance des systèmes navals : approfondit la mécanique et la résistance des matériaux. Prépare aux postes de chef d’équipe greeur.
- Licence pro Génie maritime et naval : accessible après BTS. Spécialise en calcul de structures et en gestion de projet de levage.
- CACES R377 : certification obligatoire pour conduire des ponts roulants et portiques. Utile en complément.
6. Reconversion vers ce métier
Grutier : possède déjà l’expérience des charges suspendues et des engins de levage. Doit acquérir les gestes du matelotage et la lecture des plans de navire. Une formation courte de 6 mois en alternance est possible.
Monteur métallique ou chaudronnier : maîtrise des assemblages et de la soudure. Doit apprendre les câbles et les élingues. Un titre professionnel de greeur (niveau 3 ou 4) suffit.
Marin-pêcheur : connaît déjà l’environnement maritime, les contraintes météo et le vocabulaire nautique. Doit se former aux techniques de levage industriel et aux normes de sécurité. La formation est accélérée (4 à 8 mois).
7. Exposition au risque IA (score CRISTAL-10 : 36 %)
Ce métier est faiblement exposé à l’automatisation cognitive. Les tâches de diagnostic visuel des câbles usés, d’adaptation aux charges irrégulières et de prise de décision en environnement changeant restent difficilement algorithmiques. Les outils d’IA générative peuvent aider à simuler des plans de levage ou à générer des rapports de conformité, mais le geste physique et l’inspection humaine demeurent centraux.
Les navires autonomes et les grues semi-automatisées réduisent ponctuellement le besoin en greeur, mais la maintenance et l’installation de gréements complexes nécessitent toujours une intervention manuelle experte. L’impact de l’IA se situe surtout en bureaux d’études, où elle assiste les concepteurs de systèmes de levage.
8. Marché de l’emploi
La France compte environ 8 000 à 10 000 greeurs actifs, selon les observatoires des métiers de la mer. Les chantiers navals de Saint-Nazaire, Brest, Marseille et Le Havre sont les principaux pôles recruteurs. La filière des énergies marines renouvelables (éoliennes en mer) stimule la demande depuis 2024. La pêche professionnelle et la plaisance hauturière restent des débouchés stables.
Le marché est en tension modérée : les départs en retraite sont nombreux et les jeunes formations attirent peu. Les employeurs signalent des difficultés de recrutement sur les profils expérimentés, surtout dans l’offshore et les grands chantiers. Les salaires progressent plus vite que la moyenne des métiers manuels, avec des primes de risque et de grand déplacement.
9. Cadre réglementaire 2026
Le métier est encadré par le Code du travail, notamment les articles sur les équipements de travail et les moyens de protection. Le décret sur les opérations de levage impose la vérification périodique des élingues et accessoires (tous les trois mois au minimum). La convention collective applicable est généralement celle de la métallurgie, des chantiers navals ou des ports et manutention, selon le secteur.
L’AI Act de 2026 classe les systèmes de calcul de charge comme à risque limité, ce qui impose une transparence sur les algorithmes mais n’affecte pas directement le travail du greeur. Le RGPD s’applique aux données de traçabilité des opérations de levage (enregistrements, rapports). La CSRD (transparence extra-financière) pousse les grands chantiers à documenter la sécurité des opérations. Aucune norme ne remet en cause le geste manuel.
10. Certifications et labels reconnus
| Certification / Label | Domaine | Utilité |
|---|---|---|
| CACES R377 (conduite d’engins de levage) | Grues, ponts roulants | Obligatoire pour opérer certains engins |
| CACES R489 (nacelles élévatrices) | Travail en hauteur | Fréquent sur les chantiers navals |
| Titre professionnel de greeur (niveau 3) | Métier du levage | Reconnu par France Compétences |
| ISO 9001 (système qualité) | Organisation des opérations | Exigée par les grands donneurs d’ordres |
| Qualiopi | Organismes de formation | Nécessaire pour financer la formation via CPF |
11. Évolution de carrière
- À 3-5 ans : le greeur confirmé peut devenir chef d’équipe de levage. Il supervise 3 à 6 opérateurs, planifie les rotations et signe les fiches de vérification. Salaire entre 30 000 et 34 000 €.
- À 5-8 ans : responsable de chantier ou de service de manutention. Gère la sécurité, les achats d’équipements et la relation avec les clients. Mobile sur les grands ports.
- À 10 ans et plus : spécialiste en études de levage, consultant en sécurité maritime ou formateur en centres AFPA. Certains évoluent vers l’inspection d’organismes certificateurs (Bureau Veritas, DNV). Salaire possible jusqu’à 45 000 €.
12. Tendances 2026-2030
Le vieillissement des câbles et des structures en acier sur les navires construits avant 2010 génère un besoin de maintenance et de remplacement. La croissance de l’éolien offshore, notamment avec les parcs en mer du Nord et en Atlantique, multiplie les chantiers de gréement lourd. Les techniques d’assemblage par câbles composites (fibre de carbone, dyneema) remplacent progressivement l’acier, ce qui requiert une formation spécifique.
La formation aux gestes du gréement intègre de plus en plus la réalité virtuelle pour simuler des environnements risqués sans danger. Les chantiers navals adoptent des jumeaux numériques pour planifier les opérations. Ces évolutions n’effacent pas le métier, elles le déplacent vers des tâches à plus forte valeur ajoutée : contrôle qualité, conception d’apparaux sur mesure, inspection certifiée.
La réglementation européenne sur la traçabilité des pièces de levage (AI Act, directives machinerie) impose des enregistrements numériques que le greeur doit savoir renseigner. Le métier devient plus documentaire mais garde sa dimension physique et maritime.
