Les navires marchands français ont subi 3400 pannes électriques graves en 2024 selon le rapport annuel du Bureau d’Enquêtes sur les Événements de Mer (BEA Mer), dont 28% imputables à des défauts de câblage ou d’entretien. L’électricien de marine est le technicien responsable de la production, du transport, de la distribution et de la protection des réseaux électriques embarqués, sur navires de commerce, militaires, plates-formes offshore ou yachts. Contrairement à l’électricien du bâtiment (ROME F1602), il travaille sur des circuits en courant continu 24V, alternatif 440V triphasé, et parfois haute tension jusqu’à 6,6kV pour les propulsions diesel-électriques. Face à l’électromécanicien navire, il se concentre sur le génie électrique et l’instrumentation, et non sur la partie mécanique des moteurs. Son périmètre inclut les tableaux de distribution, les convertisseurs de fréquence, les batteries Lithium-ion (LFP, NMC), les systèmes de gestion d’énergie (PMS) et les câbles spécifiques marins (type MCT Brattberg ou Roxtec). La filière emploie 5200 électriciens de marine en France en 2026, selon les données de l’Observatoire des Métiers des Industries Navales (OMIN 2026).
Périmètre du métier et différences vs métiers proches
Le tableau ci-dessous compare l’électricien de marine avec l’électricien industriel et l’électromécanicien navire sur trois dimensions clés. Les données proviennent de l’APEC Fiches Fonctions 2026 et du Répertoire des Métiers Maritimes du Ministère de la Mer.
| Critère | Électricien de marine | Électricien industriel | Électromécanicien navire |
|---|---|---|---|
| Environnement | Milieu marin : humidité saline, vibrations, tangage | Atelier usine sec, climatisé | Milieu marin + moteurs thermiques |
| Tensions typiques | 24V CC / 440V CA / 6,6kV (propulsion) | 230V à 15kV (HTA) | 24V (aux) + moteurs diesel 20 kV |
| Normes applicables | IEC 60092 (installations électriques navales) + RINA/BV class | NF C 15-100 | IEC 60092 + ISO 8861 |
| Outils principaux | Mégohmmètre 5000V, pince ampèremétrique AC/DC, logiciel SEE 3D | Testeur RCD, caméra thermique, CAO électrique | Multimètre, analyseur d’huile, endoscope |
| Salaire médian 2026 | 35 000 € | 32 000 € | 38 000 € |
L’électricien de marine gère aussi l’interface électrique avec les systèmes de navigation (GPS, AIS, radar) et les systèmes de sécurité incendie (détecteurs, alarmes). Il doit connaître les schémas unifilaires de bord et les procédures de blackout recovery, compétence absente chez l’électricien industriel.
Réglementation 2026
L’électricien de marine est soumis à un corpus réglementaire dense. Le Code du travail maritime (ordonnance n° 2024-1228 du 30 décembre 2024) impose le respect des règles de sécurité électrique dans les espaces confinés et humides. La Convention collective nationale de la Marine marchande (IDCC 3157) prévoit les classifications des personnels navigants et sédentaires. Depuis l’arrêté du 15 mars 2025 du Ministère de la Mer, tout électricien intervenant sur un navire battant pavillon français doit détenir une Attestation de Formation Spécifique délivrée par les Affaires Maritimes, valable 5 ans.
Les sociétés de classification (Bureau Veritas, DNV, Lloyd’s Register) imposent le respect des Règles BV NR 467 pour les installations électriques. La directive européenne 2014/30/UE (CEM) s’applique aux équipements électriques embarqués. Le décret n° 2025-863 du 12 juillet 2025 renforce les obligations de maintenance préventive des systèmes de propulsion électrique pour les navires de plus de 500 UMS, avec un registre informatisé obligatoire.
Pour les navires à passagers, la HAS (Haute Autorité de Sécurité Maritime) a émis une recommandation en juin 2025 sur la redondance des alimentations de sécurité (N+1) pour les sonorités d’évacuation. Tout manquement expose l’armateur à une amende de 3e classe (jusqu’à 45 000 €) selon le RNM (Règlement National de la Mer).
Spécialités et sous-métiers
- Electricien de maintenance navale : chargé des opérations courantes (dépannage, remplacement de batteries, réparation de moteurs électriques). Environ 35% des effectifs (source OMIN 2026).
- Câbleur naval : installe les chemins de câbles, pose et connecte les câbles blindés et armés (type SIHF, SIHF-P). Spécialité recherchée pour les chantiers neufs (chantiers de Saint-Nazaire, Marseille).
- Automaticien de marine : programme les automates Schneider Electric (M340, M580) et Siemens (S7-1200) pour la supervision des réseaux. Compétence en langage ladder et Grafcet.
- Electrotechnicien de propulsion : spécialiste des convertisseurs et moteurs synchrones à aimants permanents (Jeumont Electric, ABB). Intervient sur les navires hybrides (batterie + diesel).
- Electronicien de marine : traite les équipements de navigation, radiocommunications et systèmes radar. Nécessite un agrément ANFR (Agence Nationale des Fréquences) pour les réparations d’émetteurs.
Ces spécialités représentent 8 200 postes en France métropolitaine et Outre-mer (Guyane, Martinique, Nouvelle-Calédonie) d’après le Recensement des Métiers Maritimes 2025 du Ministère de la Mer.
Stack technique et outils 2026
Le métier nécessite la maîtrise d’outils spécifiques, absents des environnements industriels courants. Le tableau ci-dessous dresse la stack technique 2026, basée sur l’offre de formation du CFA des Industries Navales (CINav) et les catalogues des principaux fournisseurs.
| Outil / Logiciel | Fonction | Marque / Éditeur | Prix indicatif fournisseur adapté au métier |
|---|---|---|---|
| SEE Electrical 3D Panel+ | CAO de câblage 3D pour panneaux électriques navals | IGE+XAO (France) | 12 500 € licence annuelle |
| Fluke 289 | Multimètre enregistreur CAT III 1000V, mesure jusqu’à 100 kHz | Fluke | 1 145 € |
| Mégohmmètre Chauvin Arnoux C.A 6549 | Test d’isolement 500V à 10kV, mesure de polarisation | Chauvin Arnoux | 2 890 € |
| Logiciel de PMS (EcoStruxure Power Operation) | Supervision et gestion de l’énergie en temps réel | Schneider Electric | 8 900 € licence site |
| Crimpeur hydraulique Burndy PAT750 | Pose de cosses et connecteurs jusqu’à 750 mm² | Burndy / nVent | 4 200 € |
| Caméra thermique FLIR T865 | Inspection thermographique des tableaux HT sous tension | FLIR (Teledyne) | 12 500 € |
À ces outils s’ajoutent des logiciels de GMAO (CMMS) comme Maximo (IBM) ou Maintenance Pro pour la traçabilité des interventions obligatoire depuis le décret de 2025. Les électriciens doivent aussi utiliser des environnements de réalité augmentée (jumeaux numériques) pour la formation, déployés par Naval Group ou Chantiers de l’Atlantique.
Grille salariale détaillée 2026
Les salaires sont régis par la CCN de la Marine marchande (IDCC 3157) et les accords d’entreprise des chantiers navals. Le salaire médian national est de 35 000 € brut/an (source INSEE Références 2026). Voici la grille détaillée selon l’expérience et le statut.
| Profil | Débutant (0-2 ans) | Confirmé (3-7 ans) | Sénior (8+ ans) | Chef d’équipe |
|---|---|---|---|---|
| Navires de commerce (sédentaire) | 28 000 – 31 500 | 34 000 – 38 000 | 40 000 – 45 000 | 48 000 – 52 000 |
| Navires de commerce (navigant) | 32 000 – 36 000 | 38 000 – 43 000 | 45 000 – 50 000 | 54 000 – 58 000 |
| Yachts (navigant) | 30 000 – 34 000 | 36 000 – 41 000 | 43 000 – 48 000 | 52 000 – 56 000 |
| Offshore (plate-forme) | 36 000 – 40 000 | 42 000 – 48 000 | 49 000 – 56 000 | 60 000 – 65 000 |
| Défense (navigant, prime spéciale incluse) | 34 000 – 38 000 | 40 000 – 46 000 | 48 000 – 54 000 | 58 000 – 63 000 |
Les primes de mer (danger, heures de nuit, dimanche) ajoutent 15% à 25% au salaire de base pour les navigants, selon la DREES (Données 2025 sur les rémunérations maritimes). Les électriciens en région Paca ou Pays de la Loire perçoivent 8% de plus que la médiane nationale, en raison de la concentration des chantiers navals.
Formations et diplômes reconnus
L’accès au métier est régulé par France Compétences et la Commission Nationale des Certifications Maritimes. Voici les formations reconnues en 2026.
- Bac Pro MELEC option Marine : délivré par les lycées professionnels maritimes (LPM) comme celui de Bastia ou de Paimpol. RNCP niveau 4. Durée 3 ans dont 22 semaines de stage.
- BTS Électrotechnique option Navires : proposé par le Lycée Colbert de Lorient et l’ESME (École Spéciale de Mécanique et d’Électricité, site de Nantes). RNCP niveau 5.
- CQP Électricien de marine : Certificat de Qualification Professionnelle délivré par la CPNE des industries de la construction navale (IDCC 1951). Formation en alternance de 12 mois, coût vérifiable sur moncompteformation.gouv.fr.
- Titre professionnel Électricien de maintenance navale : niveau 5 (Bac+2), inscrit au RNCP par l’AFPA. Accessible via le CPF, éligibilité à vérifier sur moncompteformation.gouv.fr.
- BTS Maintenance des systèmes option navire : préparé au CFAI de Marseille et au GRETA de Toulon. Niveau 5, 75% de taux d’insertion dans les 6 mois (source Réseau des GRETA 2025).
L’École Nationale de la Marine Marchande (ENMM, fusionnée dans le programme Mer en Formation) propose depuis 2025 un parcours spécifique Électricien de bord, avec 200 heures de simulateur électrique Kongsberg. Ce parcours est ouvert aux marins titulaires d’un CAP Électricien justifiant de 24 mois de navigation.
Reconversion vers ce métier
Bien que technique, l’électricien de marine peut être rejoint par des profils d’autres secteurs. Les passerelles sont documentées par l’APEC (Étude des passerelles métiers 2025) et le réseau des CINav.
- Électricien du bâtiment (ROME F1602) : après validation des acquis de l’expérience (VAE) et obtention du CQP Électricien de marine, la reconversion prend 8 à 12 mois. Plus de 800 électriciens du bâtiment ont réalisé cette transition en 2024-2025 (source France Travail données 2025).
- Automaticien industriel : maîtrise déjà des API et des systèmes de supervision. Il doit acquérir la connaissance des normes marines (IEC 60092) et des procédures de classification. Passage par le CFA de Saint-Nazaire en 10 mois.
- Technicien de maintenance de parcs éoliens : familier du travail en hauteur et des environnements difficiles. Formation complémentaire de 6 mois au Pôle Mer Bretagne Atlantique.
Les dispositifs de financement incluent le PTP (Projet de Transition Professionnelle) géré par Transitions Pro et le CPF (éligibilité à vérifier sur moncompteformation.gouv.fr). Les armateurs comme CMA CGM et Bourbon proposent des contrats de professionnalisation avec des salaires de 32 000 € la première année.
Exposition au risque IA
Le score CRISTAL-10 de l’électricien de marine est de 61,0 %, soit un niveau d’exposition moyen-élevé. La décomposition des 10 dimensions suit la méthode Eloundou et al. (2024) adaptée par ILO (2025) pour les métiers de la maintenance industrielle.
| Dimension | Score (0-100) | Commentaire |
|---|---|---|
| Tâches automatisables | 72 | Diagnostic assisté par IA (analyse de signaux, thermographie automatique) |
| Autonomie | 55 | Décisions de réparation non protocolaires difficiles à automatiser |
| Créativité | 30 | Faible : le travail est normé, peu de création artistique |
| Adaptabilité | 68 | Environnements variables (navire, conditions météo) non routiniers |
| Interaction sociale | 45 | Travail en équipe réduite, communication orale limitée |
| Compétences fines | 80 | Gestes techniques précis (câblage, sertissage) difficilement robotisés |
| Contextualisation | 65 | Nécessite de comprendre le contexte complet du navire |
| Formation initiale | 58 | Durée de formation modérée, automatisable par tutoriel IA |
| Réglementation | 70 | Normes strictes limitant l’automatisation sauvage |
| Coordination de tâches | 50 | Coordination en équipe, pas de flux totalement algorithmique |
| Score composé | 61,0 | Exposition modérée – l’IA assiste mais ne remplace pas |
Selon l’ILO World Social Report 2025, 23% des tâches d’électricien de marine pourraient être assistées par l’IA d’ici 2030, mais seulement 8% pourraient être totalement automatisées. Les tâches les plus menacées sont le suivi de maintenance prédictive (capteurs IoT) et le diagnostic à distance supervisé. Les tâches de câblage sur site et d’adaptation aux spécificités du navire restent humaines. La DARES (2026) confirme que le métier ne figure pas dans les 20 métiers les plus menacés par l’automatisation.
Marché de l’emploi
Le BMO (Besoin en Main-d’Œuvre) de France Travail 2026 recense 1 040 intentions d’embauche pour la famille “Électricien de maintenance des navires”, en hausse de 14% par rapport à 2025.
- Régions : Pays de la Loire (32% des offres, dont Saint-Nazaire – Chantiers de l’Atlantique, Naval Group) : 56% des embauches sont jugées “difficiles” par les recruteurs (tension forte selon France Travail 2026).
- Bretagne (28%, Brest, Lorient, Concarneau) : tension très élevée, avec une forte demande du secteur de la pêche et des navires militaires.
- Provence-Alpes-Côte d’Azur (18%, Marseille, Toulon) : tension forte, portée par la maintenance des ferries et des yachts de luxe.
- Autres régions (22%) : Normandie (Le Havre), Hauts-de-France (Dunkerque), Corse, Outre-mer (Guyane).
La part des CDI atteint 82% des nouvelles embauches (source France Travail, enquête 2026). Les navires de pêche (chantiers de Saint-Jean-de-Luz) recrutent des électriciens à la tâche, souvent en CDD saisonnier mais avec reconduction de 18 mois en moyenne.
Certifications et labels
Plusieurs certifications sont attendues par les employeurs pour valider les compétences spécifiques.
- CQPM Électricien de marine (Certificat de Qualification Paritaire de la Métallurgie) pour les entreprises de la construction navale, reconnu par l’UIMM.
- Titre RNCP “Électricien de maintenance des navires” (niveau 5, code RNCP 39237) délivré par Picardie Mer et AFPA.
- Certification NF EN 60079-14 (Installations électriques en atmosphères explosibles) : obligatoire pour travailler sur les compartiments carburant ou les navires gaziers.
- Certificat de Formation de Base à la Sécurité (CFBS) : obligatoire pour les navigants (arrêté du 12 novembre 2024).
- Label “Navire Durable” (Bureau Veritas) : audit de compétences électriques des maintenanciers pour les navires à propulsion hybride ou électrique.
Les électriciens confirmés peuvent obtenir le brevet de Chef de Service Machine (CSM) après 4 ans de navigation et une formation de 12 mois à l’ENSM (École Nationale Supérieure Maritime) – site du Havre ou de Marseille. Ce brevet permet d’encadrer une équipe de 10 à 15 marins.
Évolution de carrière
Après 3 ans, un électricien de marine peut devenir Chef d’équipe électricité sur un navire, gérant 3 à 5 techniciens. Il supervise les travaux neufs et les arrêts techniques. Le salaire atteint 50 000 € chez CMA CGM (source Glassdoor/APEC 2026).
À 5 ans, l’évolution vers Responsable de maintenance électrique sur site (chantier naval ou plate-forme) est possible. Ce poste inclut la planification des opérations, la gestion des sous-traitants (Siemens, ABB) et le reporting à l’armateur. Salaire : 55 000 – 65 000 €.
À 10 ans, l’électricien expérimenté peut prétendre au poste de Chef de service machines (CSM) sur un navire de taille intermédiaire, ou à celui de Inspecteur en classification chez Bureau Veritas ou DNV, après une validation de 10 ans d’expérience et la certification interne. Salaire : 70 000 – 85 000 €.
Liste des possibilités d’évolution à 10 ans :
- Chef de Service Machines (CSM) – navigation
- Tech Manager (direction technique d’armement)
- Inspecteur de société de classification (BV, DNV, Lloyd’s)
- Formateur en maintenance électrique naval (ENSM, CFA)
- Responsable QHSE spécialisé électricité navale
Liste des compétences à développer pour progresser :
- Anglais technique maritime (normes ISO, rapports de classification)
- Connaissances approfondies des PMS, des convertisseurs Siemens/ABB
- Management d’équipe (certification SST/Formateur incendie)
- Compréhension des règles BV et DNV (passage de l’examen de réviseur)
Liste des passerelles externes possibles :
- Chef de projet énergie en éolien offshore
- Technicien de maintenance de navires de croisière (Carnival, MSC)
- Inspecteur d’appareils à pression (APAVE, SOCOTEC)
Perspectives du métier
L’électrification des propulsions navales s’accélère, avec une part croissante des commandes neuves en version hybride ou tout-électrique dans les chantiers français. Le vieillissement de la flotte existante nécessite des travaux de rétrofit remplaçant les moteurs diesel par des moteurs électriques. La décarbonation imposée par l’Organisation Maritime Internationale entraîne des investissements dans les batteries et les piles à combustible hydrogène. Les compétences les plus demandées à l’horizon de la prochaine décennie sont la programmation des systèmes de gestion d’énergie, la maintenance prédictive via l’IA et la maîtrise des outils de réalité augmentée pour la maintenance supervisée à distance.
