Pourquoi une consultante en actuariat a intérêt à maîtriser les prompts IA
La consultante en actuariat évolue dans un environnement où la précision quantitative est non négociable : modèles de risque, audits de portefeuilles, veilles réglementaires (Solvabilité II, IFRS 17, tables de mortalité), diagnostics stratégiques pour des clients assureurs, mutuelles ou fonds de pension. Dans ce contexte, l’IA générative n’est pas un outil de calcul — elle ne remplace pas les logiciels actuariels, Python ou R. Elle est en revanche un levier puissant pour la structuration de livrables, la génération de trames d’audit, la synthèse de documentation réglementaire complexe, et la production de scénarios prospectifs qualitatifs.
Maîtriser le prompting, c’est savoir demander à l’IA ce qu’elle peut faire sans risque (structurer, reformuler, comparer des approches méthodologiques, générer des questions d’audit) et ne jamais lui déléguer ce qu’elle ne peut pas faire de manière fiable (calculs actuariels, références réglementaires précises, chiffres de marché). L’actuaire garde la main sur toute validation quantitative.
Les règles d’or du prompting pour consultante en actuariat
- Délimiter strictement le périmètre qualitatif vs quantitatif. Précisez toujours : « Cette demande est purement qualitative / de structuration. N’effectue aucun calcul actuariel, ne fournis aucune valeur numérique de référence. » L’IA peut inventer des chiffres vraisemblables mais faux dans un domaine aussi technique.
- Identifier le cadre réglementaire applicable. Solvabilité II, IFRS 17, norme IASB, tables réglementaires françaises (INSEE, BCAC) — chaque cadre impose des contraintes méthodologiques différentes. Citez-le explicitement dans chaque prompt lié à un audit ou diagnostic.
- Interdire toute invention de norme, table ou référence prudentielle. Ajoutez systématiquement : « N’invente aucune table de mortalité, aucun taux technique, aucune directive EIOPA ou texte réglementaire. Si tu n’as pas l’information exacte, signale-le. » Une référence fausse dans un rapport actuariel est une faute professionnelle.
- Demander des structures d’analyse, pas des analyses. L’IA produit d’excellentes trames (plan d’audit, grille de diagnostic, structure de rapport) que l’actuaire remplit ensuite avec les données réelles. C’est là que le gain de temps est le plus sûr.
- Utiliser l’IA pour la veille de marché qualitative, pas réglementaire. Pour les tendances de marché (nouveaux risques, émergence de lignes de produits, pratiques concurrentielles), l’IA peut structurer une synthèse utile. Pour la veille réglementaire, vérifiez systématiquement sur les sources officielles (ACPR, EIOPA, IASB).
- Scénariser les prospectives avec des hypothèses explicites. Dans les missions de conseil stratégique, précisez les hypothèses de chaque scénario (taux d’inflation, évolution de la sinistralité, pression réglementaire) pour obtenir des scénarios différenciés et utilisables.
Tableau des prompts par tâche
| Tâche | Ce que l’IA peut faire | Exemple de prompt |
|---|---|---|
| Réaliser un audit actuariel (structure) | Générer une trame d’audit avec les axes d’investigation, les questions clés et les livrables attendus par phase | « Génère une trame d’audit actuariel pour un portefeuille [TYPE ex. prévoyance collective] dans le cadre [CADRE ex. Solvabilité II]. Axes : provisionnement, modèles de risque, documentation, gouvernance. N’invente pas de normes ni de chiffres. » |
| Réaliser une veille technique / réglementaire | Synthétiser les évolutions connues d’un cadre réglementaire, identifier les zones d’incertitude et les points à vérifier sur source officielle | « Résume les principaux enjeux de [CADRE ex. IFRS 17] pour un portefeuille [TYPE]. Indique explicitement ta date de connaissance et les points à vérifier sur les sources officielles. N’invente pas d’articles ou de paragraphes de norme. » |
| Réaliser une veille de marché concurrentielle | Identifier les grandes tendances de développement de produits, pratiques de tarification ou stratégies de portefeuille observées dans un segment | « Décris les principales tendances du marché [SEGMENT ex. assurance santé collective] pour les acteurs de type [TYPE ex. mutuelles]. Enjeux : positionnement produit, pression tarifaire, innovation. N’invente pas de chiffres de marché. » |
| Établir un diagnostic stratégique | Structurer un diagnostic en matrice forces / faiblesses / opportunités / risques adapté au contexte actuariel et assurantiel du client | « Réalise un diagnostic stratégique pour [TYPE DE CLIENT ex. mutuelle santé de taille intermédiaire]. Format SWOT enrichi : pour chaque quadrant, 3 éléments maximum avec leur implication actuarielle ou prudentielle. » |
| Établir des scénarios prospectifs | Construire 2 ou 3 scénarios d’évolution du risque ou du marché à un horizon donné selon des hypothèses explicites | « Construis 3 scénarios prospectifs pour le risque [TYPE ex. dépendance] à horizon [ANNÉE]. Hypothèses fixes : [HYPOTHÈSES]. Variable discriminante : [VARIABLE]. Format : nom / description / implications pour la tarification / risques actuariels. N’invente pas de données chiffrées. » |
Prompt pour structurer un plan d’audit actuariel
Tu es expert en audit actuariel. Génère un plan d’audit structuré pour un portefeuille de [TYPE DE PORTEFEUILLE ex. contrats de prévoyance individuelle] géré par [TYPE D’ORGANISME ex. compagnie d’assurance-vie], dans le cadre réglementaire [CADRE ex. Solvabilité II].
Le plan doit couvrir les axes suivants :
1. Évaluation des provisions techniques : méthodes utilisées, cohérence avec les hypothèses, documentation disponible.
2. Qualité des données : complétude, cohérence, traçabilité des sources.
3. Modèles de risque : adéquation des modèles aux caractéristiques du portefeuille, tests de sensibilité prévus.
4. Gouvernance actuarielle : rôle de la fonction actuarielle, processus de validation, reporting à l’organe de direction.
Pour chaque axe : liste des questions d’investigation, documents à demander, points d’attention spécifiques à ce type de portefeuille.
N’invente aucune norme, directive, table de mortalité ou valeur de référence. Si une référence réglementaire te semble pertinente, signale-la avec la mention « à vérifier sur source officielle ».
Prompt pour construire des scénarios prospectifs de risque
Tu es consultant actuariel spécialisé en prospective. Construis trois scénarios d’évolution du risque [TYPE DE RISQUE ex. longévité / cyber / dépendance] pour un organisme assureur de type [TYPE] à l’horizon [ANNÉE].
Hypothèses communes fixes :
- [HYPOTHÈSE 1]
- [HYPOTHÈSE 2]
Variable discriminante : [VARIABLE ex. « Vitesse d’adoption des thérapies géniques »]
Pour chaque scénario :
1. Nom et description narrative (3-4 phrases).
2. Implications pour la sinistralité attendue (qualitative uniquement — ne fournis pas de chiffres).
3. Impacts potentiels sur les hypothèses de provisionnement.
4. Recommandations de gestion du risque associées.
N’invente pas de données chiffrées, de projections quantitatives ou de références à des études spécifiques. Raisonne en logique qualitative et indique tes limites.
Prompt pour rédiger une note de veille réglementaire à destination d’un client
Tu es consultant actuariel senior. Rédige une note de veille destinée à un client [TYPE ex. mutuelle santé] sur les évolutions récentes du cadre [CADRE ex. IFRS 17 / Solvabilité II révision] applicables à leur activité.
Structure la note en trois parties :
1. Rappel des enjeux principaux du cadre pour ce type d’organisme.
2. Points d’attention actuels : zones d’interprétation, pratiques émergentes observées dans le secteur, questions ouvertes non encore tranchées par le régulateur.
3. Recommandations de vigilance : points que le client doit vérifier auprès de ses conseils juridiques et de son commissaire aux comptes.
Ton : professionnel, synthétique, adapté à un lecteur dirigeant non-spécialiste de l’actuariat.
Indique explicitement ta date de connaissance et rappelle que les textes réglementaires doivent être vérifiés sur les sites officiels (ACPR, EIOPA, IASB). N’invente aucun article, paragraphe ou publication officielle.
Les pièges à éviter
- Demander des calculs actuariels à l’IA. L’IA générative n’est pas un outil de calcul fiable pour les provisions techniques, les SCR, les tables de mortalité ou les courbes de taux. Ces calculs appartiennent aux logiciels actuariels dédiés et à la validation humaine.
- Citer une sortie IA comme source réglementaire. L’IA peut résumer un cadre réglementaire mais peut se tromper sur des détails cruciaux (numéro d’article, date d’entrée en vigueur, périmètre d’application). Toute référence dans un rapport client doit être vérifiée sur la source officielle.
- Sous-estimer le risque d’hallucination sur les tables de référence. L’IA peut inventer des valeurs plausibles pour des tables de mortalité, des taux techniques ou des seuils réglementaires. Ces valeurs ont l’apparence de la vérité et sont difficiles à détecter sans expertise métier.
- Confondre diagnostic structuré et analyse de données réelles. L’IA peut générer un diagnostic en SWOT ou en matrice, mais elle travaille à partir des informations que vous lui fournissez. Elle ne connaît pas le portefeuille réel du client, sa sinistralité ou sa situation prudentielle.
- Utiliser des sorties IA brutes dans un rapport remis au client. Le rapport actuariel engage la responsabilité professionnelle de la consultante. Chaque sortie IA doit être relue, vérifiée et réécrite si nécessaire avant intégration dans un livrable officiel.
Vérifier les sorties de l’IA
En actuariat, la qualité et l’exactitude des livrables sont des impératifs professionnels soumis à des obligations de certification et de responsabilité. Avant toute intégration d’une sortie IA dans un livrable client, appliquez systématiquement la checklist suivante — aucune exception pour les rapports soumis à validation prudentielle.
- Aucune valeur numérique (taux, provision, seuil réglementaire) n’a été produite par l’IA sans vérification sur une source certifiée ?
- Chaque référence à une norme, directive ou publication réglementaire a-t-elle été vérifiée sur le site officiel de l’autorité compétente (ACPR, EIOPA, IASB, BCAC) ?
- La trame d’audit ou le plan de diagnostic est-il cohérent avec le cadre réglementaire explicitement demandé ?
- Les scénarios prospectifs sont-ils présentés comme des hypothèses qualitatives et non comme des projections quantitatives certifiées ?
- Le ton de la note ou du rapport est-il adapté au niveau technique du destinataire (dirigeant, fonction actuarielle, régulateur) ?
