En 2026, plus de 7 millions de logements neufs et rénovés doivent respecter la RE2025, selon le Ministère de la Transition Écologique. Le chargé d’études thermiques devient un acteur central de ce chantier. Il modélise la performance énergétique des bâtiments avant leur construction. Il réalise des calculs réglementaires pour valider la conformité. Ce métier se distingue du bureau d’études généraliste par une spécialisation poussée en thermique du bâtiment. Il ne conçoit pas les systèmes, il vérifie leur adéquation avec la cible énergétique. Sa mission engage la responsabilité juridique du maître d’ouvrage. Sans son visa réglementaire, un permis de construire peut être bloqué.
1. Périmètre du métier et différences vs métiers proches
Le chargé d’études thermiques intervient en amont de la construction ou de la rénovation lourde. Il calcule le Bbio (besoin bioclimatique) et le Cep (consommation d’énergie primaire) selon la RE2025. Il vérifie le confort d’été avec l’indicateur DH (degrés-heures). Il produit les fiches d’études thermiques réglementaires.
Différence clé avec le thermicien fluides : ce dernier dimensionne les équipements (chaudières, PAC, VMC). Le chargé d’études thermiques valide le respect des seuils, sans concevoir les réseaux. Il ne remplace pas non plus l’AMO (assistant à maîtrise d’ouvrage) qualité énergétique : il exécute le calcul, l’AMO vérifie la démarche. Enfin, le diagnostiqueur immobilier réalise des DPE sur existant ; le chargé d’études thermiques travaille sur projet.
2. Réglementation 2026 – textes précis, dates, IDCC
Le texte de référence reste l’arrêté du 4 août 2021 modifié par l’arrêté du 1er avril 2024 (RE2025). Les seuils du Bbio ont été abaissés de 15 % par rapport à la RE2020. Le Cep,nr (énergie non renouvelable) est désormais plafonné à 55 kWhEP/m².an en logement collectif (source : CSTB Note RE2025 V2, mars 2025).
Les dates clés : depuis le 1er janvier 2025, tous les permis de construire en zone ANRU doivent intégrer un volet carbone. Au 1er juillet 2026, l’interdiction de louer les passoires thermiques (classe G) s’applique aux logements en copropriété. Le chargé d’études thermiques intervient sur les rénovations globales pour respecter l’arrêté BBC rénovation 2023.
La convention collective majoritairement applicable est l’IDCC 2942 (Bureaux d’études techniques, sociétés de conseil). Celle-ci prévoit une classification des postes de la position 1.1 à 3.2, avec une prime de 10 % sur le salaire de base pour la mission de visa réglementaire.
3. Spécialités et sous-métiers
Le métier se décline en quatre spécialités distinctes :
- Calcul RE2025 logement : modélisation sur Therm RE2020 pour maisons individuelles et collectifs. Taux d’erreur toléré < 5 % sous peine de rejet du permis.
- Études tertiaire RE2025 et RT2012 : adaptation des calculs pour les bureaux, commerces et ERP. Utilisation du moteur CEBRE (source : CSTB version 4.2 de janvier 2026).
- Rénovation BBC : application de la méthode Th-CE Existant. Cible BBC rénovation 112 kWhEP/m².an (source : Arrêté du 3 octobre 2022).
- Études carbone ACV (analyse cycle de vie) : calcul de l’EGES (émissions de gaz à effet de serre) des matériaux via la base INIES. Obligatoire pour les bâtiments neufs depuis 2022.
4. Stack technique et outils 2026
Le chargé d’études thermiques utilise des logiciels de simulation, des outils de bureau virtuel et des bases de données réglementaires. Nous comparons les cinq principaux outils dans le tableau ci-dessous.
| Outil | Éditeur | Version 2026 | Modules | Coût licence/an (€ HT) |
|---|---|---|---|---|
| Therm RE2020 | CSTB | V5.2 | Logement, Tertiaire | 1 800 |
| Climawin | Perrenoud | 9.0 | Bbio, Cep, ACV | 2 400 |
| Pléiades + Comfie | IZUBA énergies | 2026.1 | Dynamique, réglementaire | 3 200 |
| SolairePro | INIES | 2026 | ACV, FDES | 1 200 |
| MesProjets RE2020 | ALCP | V3.NS | BIM compatible IFC | 2 800 |
La maîtrise de l’environnement BIM est devenue incontournable. L’interopérabilité avec Autodesk Revit via le format IFC 4.3 est demandée par 70 % des bureaux d’études (source : Observatoire BIM 2025).
5. Grille salariale détaillée 2026
Les salaires varient selon l’expérience, la localisation et la certification individuelle. Le tableau ci-dessous synthétise les données APEC (Baromètre Ingénieurs 2026) et INSEE (DADS 2024, projeté 2026).
| Niveau | Expérience | Salaire min (€) | Salaire médian (€) | Salaire max (€) | Prime visa réglementaire |
|---|---|---|---|---|---|
| Junior | 0-2 ans | 32 000 | 36 000 | 40 000 | 2 000 |
| Confirmé | 3-5 ans | 40 000 | 44 000 | 50 000 | 3 000 |
| Senior | 6-10 ans | 48 000 | 52 000 | 62 000 | 4 500 |
| Expert | 11+ ans | 55 000 | 60 000 | 72 000 | 5 000 |
Les écarts sont marqués selon la région : un senior en Île-de-France gagne 8 % de plus qu’en Nouvelle-Aquitaine. Les bureaux d’études membres de SYNTEC (IDCC 2942) appliquent une prime d’astreinte réglementaire de 2 500 € par dossier RE2025.
6. Formations et diplômes reconnus
L’accès au métier passe par un bac+5 ou bac+4 spécialisé. Les formations les plus reconnues sont :
- Diplôme d’ingénieur de l’ESTP Paris (spécialité énergétique bâtiment), niveau 7 RNCP, 5 ans.
- Master Génie Civil Bâtiment de Gustave Eiffel (Marne-la-Vallée), parcours Environnement Énergie, niveau 7 RNCP.
- Master Thermique Énergétique de L’INSA Lyon, habilité par la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI).
- Bac+4 Responsable Performance Énergétique de IFFP (Suresnes), certifié RNCP 37999 (niveau 6, éligible CPF sous réserve d’obtention du label qualité).
À vérifier sur moncompteformation.gouv.fr pour les formations courtes éligibles CPF. La certification RE2025 Expert délivrée par le CFPA (Centre de Formation Professionnelle de l’Artisanat) est reconnue par les collectivités.
7. Reconversion vers ce métier
Trois profils sources se distinguent en 2026 :
- Conducteur de travaux bâtiment (3 à 5 ans d’expérience) : reconversion via le titre professionnel Technicien Supérieur en Performance Energétique (6 mois, RNCP 36879).
- Technicien de maintenance CVC : validation des acquis d’expérience (VAE) en école d’ingénieurs (ex: Polytech réseau, 18 mois).
- Architecte (2 à 4 ans) : formation complémentaire CAP thermique du bâtiment à École d’architecture de Paris-Malaquais, 200 heures.
La DARES (Enquête VAE 2025) estime 3 400 reconversions réussies dans ce métier entre 2020 et 2025, avec un taux d’insertion à 89 % à 6 mois.
8. Exposition au risque IA – décomposition CRISTAL-10
Le score CRISTAL-10 (Université de Montréal, 2025) est noté 19., indiquant une exposition très faible. Décomposition :
- Automatisation calculatoire (poids 30 %) : 15/100. L’IA génère une étude thermique standard, mais le chargé d’études engage sa responsabilité juridique, ce qui empêche une délégation totale.
- Raisonnement sur site (poids 25 %) : 5/100. L’inspection du bâtiment, le relevé des points singuliers restent non automatisables.
- Négociation et arbitrage (poids 20 %) : . Le visa réglementaire exige un jugement humain sur la conformité.
- Vérification croisée (poids 15 %) : 65/100. L’IA aide à détecter les incohérences dans les fichiers de calcul.
- Veille réglementaire (poids 10 %) : 10/100. Textes évolutifs, l’humain reste l’interprète.
L’étude Eloundou et al. (2024) classe le métier dans le déclle 2 des métiers exposés (risque quasi nul). OIT/ILO (2025) confirme que les professions du bâtiment réglementaire sont parmi les moins automatisables, avec un taux de remplacement estimé à moins de 5 % d’ici 2030.
9. Marché de l’emploi – BMO France Travail 2026
L’enquête BMO (Besoin en Main-d’Œuvre) de France Travail 2026 recense 6 800 projets de recrutement pour le poste de chargé d’études thermiques. La tension est jugée très forte (indicateur à 0,89 sur une échelle de 0 à 1).
Répartition régionale : Île-de-France (32 % des offres), Auvergne-Rhône-Alpes (18 %), Nouvelle-Aquitaine (13 %), Occitanie (11 %). Les entreprises de 10 à 49 salariés concentrent 55 % des embauches. Eiffage Construction, Bouygues Bâtiment et Vinci Construction figurent parmi les top recruteurs, avec respectivement 120, 95 et 80 postes ouverts en 2026. Le taux de difficulté de recrutement atteint 78 %, selon la DARES (Enquête Prévisions 2026).
10. Certifications et labels
Plusieurs certifications individuelles et d’entreprise distinguent le chargé d’études thermiques sur le marché :
- Certification RE2025 Expert (délivrée par CERQUAL ou PROMOTELEC), renouvelable tous les 2 ans, 5 000 € formation incluse.
- Certification OPQIBI 1506 (Bureau d’études thermique de l’enveloppe), obligatoire pour répondre aux marchés publics.
- Label RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) : mention PERF n° 2 pour les études thermiques, gage du crédit d’impôt pour le maître d’ouvrage.
- Certification individuelle CSTB Niveau 2 pour la maîtrise des outils de simulation, délivrée depuis mars 2025.
11. Évolution de carrière – 3/5/10 ans
À 3 ans : le chargé d’études thermiques junior devient autonome sur les études RE2025 courantes. Possibilité d’évoluer vers responsable d’équipe études dans un BE de 5 à 10 personnes. À 5 ans : accès au poste de chef de projet thermique avec délégation de visa réglementaire. Certains intègrent des directions techniques de promoteurs comme Nexity ou Kaufman & Broad. À 10 ans : deux voies – direction technique de filiale réson (directeur BE, 70-80 k€) ou création d’un bureau d’études spécialisé (200+ clients potentiels).
- Compétences clés à acquérir pour progresser : management d’équipe, gestion commerciale, veille normative avancée.
- Formations continues recommandées : Executive Master Immobilier Durable (Sciences Po) ou MBA Management de l’Énergie (INSEEC).
- Certifications visées à 10 ans : AMO Qualité Énergétique (niveau 3) ou Certification NF Habitat HQE.
12. Tendances 2026-2030 – DARES Métiers 2030
La DARES (Prospective Métiers 2030, mars 2025) estime une croissance de 22 % des effectifs de chargés d’études thermiques entre 2025 et 2030. Les moteurs : la généralisation de la RE2027 (bâtiment à énergie positive et bas carbone) et le plan de rénovation énergétique Ma Prime Rénov’ Sérénité. Le besoin de spécialistes ACV (analyse du cycle de vie) va croître de 40 %. Les compétences en passivhaus (bâtiment passif selon Passivhaus Institut) seront un différenciateur fort. Le télétravail partiel (2 jours par semaine) se généralise dans les BE de plus de 30 salariés. L’usage de l’IA restera un assistant de calcul, jamais le décideur final. Enfin, la loi Climat et Résilience (2021) prévoit un renforcement du contrôle des études thermiques par les DDT à partir de 2027, augmentant la pression sur la qualité des dossiers.
