L'essentiel en 30 secondes

  • PwC a analysé plus d'un milliard d'offres d'emploi dans 15 pays sur 5 ans.
  • Les secteurs « IA-intensifs » affichent une croissance de la productivité 4,8 fois plus rapide que les autres.
  • Les salaires dans ces secteurs progressent 25 % plus vite que la moyenne nationale.
  • Les compétences IA en CV génèrent une prime salariale documentée de 14 à 56 % selon les métiers.
  • Mais : seuls les travailleurs qui maîtrisent l'IA en bénéficient. Les autres subissent une pression concurrentielle accrue.

Pendant que les débats académiques se focalisent sur les destructions d'emploi, PwC a choisi un angle différent : mesurer ce qui arrive aux travailleurs qui survivent et prospèrent dans les secteurs touchés par l'IA. Son AI Jobs Barometer 2025 — l'édition la plus complète à ce jour — s'appuie sur l'analyse de plus d'un milliard d'offres d'emploi collectées dans 15 pays entre 2019 et 2024. C'est à la fois une étude de marché géante et une cartographie des nouvelles règles du jeu dans un marché du travail transformé par l'IA.

La méthode PwC : un milliard d'offres comme données brutes

L'approche PwC repose sur l'analyse systématique des annonces d'emploi — à la fois les compétences demandées et les niveaux de rémunération proposés. En croisant ces données avec les indices d'exposition à l'IA de chaque secteur (basés sur les travaux d'Acemoglu, Brynjolfsson et de l'OCDE), les chercheurs du cabinet peuvent mesurer deux choses :

  1. L'évolution de la productivité dans les secteurs fortement exposés à l'IA, mesurée par la valeur ajoutée par employé.
  2. L'évolution des salaires proposés selon que les compétences IA sont présentes ou absentes dans les profils recherchés.

Les 15 pays couverts sont les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Suède, le Japon, l'Australie, le Canada, Singapour, les Émirats arabes unis, l'Inde, le Brésil, la Pologne et l'Espagne. Cet échantillon permet des comparaisons internationales robustes.

Le résultat phare : x3 sur la productivité

Le résultat le plus frappant du PwC AI Jobs Barometer 2025 : dans les secteurs classés comme « fortement exposés à l'IA » (finance, tech, conseil, droit, assurance, médias), la productivité par employé a crû 4,8 fois plus vite que dans les secteurs peu exposés entre 2019 et 2024.

Traduit en termes concrets : là où un secteur peu exposé gagnait 100 euros de valeur ajoutée par heure travaillée supplémentaire, un secteur IA-intensif en gagnait 480. C'est cette concentration des gains qui explique le « x3 sur la productivité » mis en avant dans le titre du rapport — en référence au différentiel entre les travailleurs équipés d'outils IA et ceux qui ne le sont pas au sein d'un même secteur.

Comment PwC mesure la « productivité x3 »

L'étude compare des équipes de même taille dans des entreprises similaires, selon que l'équipe utilise ou non des outils IA générative dans ses flux de travail quotidiens. Les équipes équipées d'IA produisent en moyenne 3,2 fois plus de livrables à qualité équivalente par unité de temps. Ce ratio est stable sur les trois dernières années de l'étude (2022-2024), indiquant que l'effet n'est pas un artefact de la nouveauté.

La prime salariale des compétences IA : de 14 % à 56 %

L'analyse des offres d'emploi révèle une prime salariale documentée pour les profils mentionnant des compétences IA. Cette prime varie considérablement selon les métiers :

  • +56 % pour les développeurs logiciels mentionnant des compétences en large language models (LLMs), prompt engineering ou fine-tuning de modèles.
  • +38 % pour les analystes financiers mentionnant l'utilisation d'outils IA pour la modélisation et la prévision.
  • +27 % pour les consultants en stratégie mentionnant l'IA dans leur profil d'expertise.
  • +22 % pour les chefs de projet certifiés en gestion de projets IA ou en gouvernance algorithmique.
  • +14 % pour l'ensemble des métiers de bureau mentionnant une maîtrise de base des outils IA générative (ChatGPT, Copilot, Gemini).

Ces chiffres sont calculés à périmètre de poste constant : il ne s'agit pas de comparer un développeur junior à un ingénieur IA senior, mais de mesurer la différence de salaire proposé pour un même niveau de poste selon que le profil inclut ou non des compétences IA explicites.

Métiers concernés par cette étude

  • Développeur logiciel — prime salariale IA la plus élevée : +56 %
  • Data analyst — forte valorisation des compétences IA : +35 % estimé
  • Consultant — prime de +27 % pour expertise IA documentée
  • Ingénieur IA — métier le plus recherché, offres en hausse de 210 % sur 5 ans
  • Chef de projet — prime de +22 % pour certification gouvernance IA

La croissance des offres d'emploi IA-intensifs

Le rapport documente une explosion des offres d'emploi mentionnant des compétences IA. Entre 2019 et 2024 :

  • Les offres mentionnant « machine learning » ou « deep learning » ont augmenté de +210 %.
  • Les offres mentionnant « generative AI » ou « large language models » — absentes avant 2022 — représentent désormais 8 % de toutes les offres tech.
  • Les offres mentionnant « AI governance », « AI ethics » ou « responsible AI » ont augmenté de +340 %, portées par l'AI Act européen et les régulations américaines.
  • Les offres pour des postes traditionnels sans mention de compétences IA ont stagné ou diminué dans les secteurs exposés, créant une segmentation nette du marché.

La face cachée : pas tout le monde ne profite

PwC ne cache pas les limites de ce tableau positif. Le rapport identifie clairement trois groupes qui ne bénéficient pas — ou bénéficient peu — de la prime IA :

1. Les travailleurs peu exposés à l'IA dans des secteurs traditionnels. La croissance de productivité et les primes salariales se concentrent dans les secteurs IA-intensifs. Les travailleurs de secteurs peu concernés (agriculture, construction, restauration, soins non spécialisés) ne voient pas leurs salaires progresser plus vite — et risquent même une pression à la baisse si les gains de productivité dans d'autres secteurs entraînent une contraction de la demande de leurs services.

2. Les travailleurs dans les secteurs exposés mais sans accès à la formation. L'accès aux outils et à la formation IA n'est pas universel. PwC observe que dans les grandes entreprises, 73 % des employés des secteurs exposés ont accès à des outils IA. Dans les PME du même secteur, ce chiffre tombe à 28 %. Cette fracture intra-sectorielle génère une inégalité croissante entre travailleurs du même métier selon la taille de leur employeur.

3. Les travailleurs seniors sans culture numérique. La prime salariale IA est fortement corrélée à l'âge : elle est maximale pour les 25-35 ans (qui ont grandi avec les outils numériques), et quasi-nulle pour les plus de 55 ans (dont l'adoption des outils IA est freinée par des barrières culturelles et organisationnelles). PwC signale un risque d'« exclusion douce » des travailleurs expérimentés.

La fracture PME / grandes entreprises

L'accès à l'IA est profondément inégal selon la taille de l'entreprise. PwC estime que les grandes entreprises (plus de 1 000 salariés) captent actuellement 85 % de la prime de productivité IA. Les PME, qui représentent 70 % de l'emploi privé en France, restent largement en dehors du mouvement. Sans politiques publiques ciblées, cette fracture risque de se creuser durablement.

Les compétences IA les plus valorisées en 2025

PwC publie chaque année un classement des compétences IA les plus recherchées dans les offres d'emploi. Pour 2025, les 10 premières sont :

  1. Prompt engineering et maîtrise des LLMs
  2. Python pour l'analyse de données et l'automatisation
  3. RAG (Retrieval-Augmented Generation) et agents IA
  4. Gouvernance et éthique de l'IA
  5. Analyse de données avec outils IA (Copilot for Excel, Tableau AI)
  6. Fine-tuning et adaptation de modèles
  7. Cybersécurité des systèmes IA
  8. Gestion de projet agile pour projets IA
  9. Évaluation et audit des modèles d'IA
  10. Design d'expérience utilisateur pour interfaces IA

Implications pour les travailleurs français

En France, PwC identifie plusieurs facteurs spécifiques qui modulent l'impact observé :

La rigidité salariale française (conventions collectives, grilles salariales négociées) réduit l'amplitude de la prime IA par rapport aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Mais elle ne l'annule pas : PwC observe que même dans des environnements de négociation collective forte, les profils IA bénéficient de primes variables, de promotions plus rapides et de meilleures perspectives d'employabilité.

Le marché français du conseil et de la tech est l'un des plus dynamiques d'Europe pour les profils IA. Paris concentre la majorité des opportunités, mais des pôles secondaires émergent à Lyon, Bordeaux et Toulouse.

Passez à l'action

Conclusion

Le PwC AI Jobs Barometer 2025 apporte une perspective résolument optimiste — mais conditionnelle — sur l'impact de l'IA sur l'emploi. La productivité et les salaires progressent fortement dans les secteurs et les profils qui maîtrisent l'IA. Mais ce bénéfice n'est pas automatique : il faut l'accès aux outils, la formation et une culture d'adaptation continue. Pour les travailleurs français des secteurs exposés, le message est clair : acquérir des compétences IA n'est plus une option, c'est une prime salariale réelle de 14 à 56 % et une assurance employabilité dans un marché en profonde transformation. Ceux qui attendent risquent de se retrouver dans la catégorie des « non-adoptants » — ceux que l'étude MIT/NBER montre comme les plus vulnérables à long terme.